La perspective de Frédéric Filloux

©2006 20 minutes

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Il faut en sortir. L'affaire Clearstream est une toxine qui menace la vie publique de ce pays. Aujourd'hui, 43 % des Français estiment que cette affaire est grave. Au rythme où vont les choses, ils seront 80 % d'ici à quelques semaines. Il est donc essentiel d'abandonner le cynisme habituel qui prévaut dans la gestion de ce genre de magma politico-judiciaire. Le maquignonnage calendaire entendu ces derniers jours – « la Coupe du monde foot va occuper les Français, puis ils partiront en vacances » – est à proscrire. Les Français sont d'autant plus fondés à obtenir des explications que Clearstream est un concentré de tous les vices de la vie politique française. Rien n'y manque : un ministre des Affaires étrangères qui sort allégrement de son territoire pour mener ses enquêtes clandestines et utiliser les services de renseignements, tenant des réunions secrètes à l'insu de ses collègues ; un agent secret mentant délibérément à sa hiérarchie militaire, offrant une version contradictoire à celui qui, entre-temps, est devenu Premier ministre ; une manipulation médiatique avec des journaux opérant un superbe travail de boîte aux lettres et de publication de textes in extenso ; un secret de l'instruction, normalement un des fondements de notre système judiciaire, ravalé au rang de bouffonnerie surannée. La grande victime est l'intérêt général, notion qui prête à sourire, tant elle paraît déplacée dans ce maelström de considérations particulières et tacticiennes. Cette affaire est trop complexe, les protagonistes trop importants (un président de la République, quatre ministres, une dizaine de hauts fonctionnaires et industriels), leur défiance et leurs mensonges sont trop évidents pour que le feu puisse s'éteindre de lui-même. Notre système ne peut plus faire l'économie d'un grand déballage permettant de faire émerger la vérité. Une commission d'enquête parlementaire apparaît nécessaire. Elle devra tenir des auditions publiques, comme dans l'affaire d'Outreau. A un an de la présidentielle, cela constituerait un sursaut démocratique salutaire et une volonté de transparence que les Français n'espèrent plus. Et qui fait le lit du Front national.

Frédéric Filloux, directeur de la rédaction

Une commission d'enquête parlementaire apparaît nécessaire