« Il est temps de se pencher sur le contrat unique »

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n Avez-vous été consultée sur le projet du CPE ?

Sweety

Françoise Cocuelle :

Le CJD n'est pas un syndicat. Comme nous ne sommes pas « partenaire social », nous sommes peu consultés, mais cela ne nous empêche pas d'émettre des idées nouvelles et de les expérimenter dans nos entreprises. Le dialogue social aujourd'hui est inexistant : l'Etat prédomine, avec son centralisme décisionnel, certain d'être le seul garant de l'intérêt général et les syndicats, peu consultés, s'arc-boutent sur un syndicalisme politique fondé sur la lutte de classe.

n Est-il si difficile de se séparer d'un salarié en CDI ? Ce que je peux en voir autour de moi ne donne pas cette impression. Adrien

Vous avez raison, le « I » de CDI ne veut pas dire infini. Mais licencier est toujours long, difficile et coûteux (un licenciement sur quatre finit aux prud'hommes). Il nous semble anormal qu'en cas de baisse de l'activité de l'entreprise, licencier soit aussi difficile. Je connais plus d'un chef d'entreprise qui hésite à embaucher pour cette raison.

n Que manquait-il à la panoplie pour répondre aux besoins des employeurs et que seul le CPE pourrait apporter ? Jean-Pierre Colly

Au CJD, nous cherchons les voies de la flexibilité pour les entreprises sans précarité pour les salariés. Il est temps de se pencher sérieusement sur la question d'un contrat unique qui serait un CDI avec une période de consolidation de deux ans et qui remplacerait tous les autres types de contrat. Chacun pourrait en bénéficier. Et y seraient attachés des droits et des garanties assurant la protection individuelle du salarié. Ce que les syndicats appellent la sécurisation du parcours professionnel. L'adoption d'un tel contrat, qui assurerait l'égalité de tous devant l'emploi et simplifierait les recrutements, correspondrait à un changement culturel profond et bénéfique. Si tout le monde était logé à la même enseigne du contrat unique, nous changerions de logique, banquiers et bailleurs seraient bien obligés de s'y adapter.

n Pensez-vous sincèrement que deux ans soient nécessaires à un patron pour qu'il décide si son nouvel employé fait l'affaire ou pas ?

Timolovitch

Un dirigeant responsable va réserver ces nouveaux contrats pour les postes « à risque », dont il n'est pas sûr qu'il puisse les pérenniser au-delà de deux ans. De même, il est libre de réduire la période d'essai et il peut parfois même y avoir intérêt, pour conserver un salarié qui a fait ses preuves.

n Les entreprises se plaignent d'un manque de main-d'oeuvre, mais ne rechercheraient-elles pas trop souvent le canard à cinq pattes ? Phil

Sans doute les chefs d'entreprise ont-ils tendance à chercher le mouton à cinq pattes. Mais il est vrai aussi que beaucoup de jeunes sont orientés vers des filières qui ne mènent à rien.

n Le CPE risque de permettre de nombreux abus.

Pierre

Des abus, il en existe partout. Faut-il construire les lois pour le plus grand nombre ou pour une minorité de voyous ? Bien entendu, le danger est de voir CPE et CNE utilisés systématiquement pour toute nouvelle embauche, comme un effet d'aubaine. C'est évidemment une attitude que le CJD, dont les membres entendent mettre en oeuvre un libéralisme responsable dans leurs entreprises, ne peut que condamner.

n Ne trouvez-vous pas qu'il faudrait que l'entreprise soit plus présente à l'école, et cela, dès le collège ? Lui

Il faut reconnaître à l'école son rôle de transmission des savoir- faire de base, de former des citoyens. Le système éducatif n'a pas à former les jeunes aux métiers d'avenir mais à les doter des compétences d'avenir. Le rôle de l'entreprise doit se limiter à ce qui la touche directement : la formation aux métiers. En somme, il devient urgent d'en finir avec la guéguerre entre l'entreprise et l'école, instaurer des échanges pacifiés et féconds et donner envie aux jeunes le goût d'entreprendre.

n L'image du patron est vraiment négative auprès de l'opinion. Comment expliquez-vous ce phénomène et quelles pourraient être les solutions pour changer ceci ? Jérôme

Pour moi, c'est dramatique. Il y a un manque de culture d'entreprise en France. Les PME sont profondément méconnues, alors qu'elles représentent 99 % des entreprises françaises. Les médias ne parlent des entreprises que pour annoncer des plans de licenciement ou des dirigeants qui partent avec des parachutes en or. Quand parlera-t-on des entreprises qui embauchent et des patrons qui font bien leur boulot ?