Dominique de Villepin, le hussard sur le fil

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Dominique de Villepin prend un risque insensé en faisant preuve d'un tel entêtement sur son maintien du CPE. Les incidents de jeudi sur l'esplanade des Invalides, puis à Saint-Denis, auraient dû être interprétés par le Premier ministre comme un signal d'alarme de première importance.

Le conflit sur le CPE, somme toute classique dans une France socialement tétanisée, est en passe de se muer en détonateur d'une crise de toute autre nature. Car la contestation a changé de visage. Tout comme celle de jeudi dernier, la manifestation de demain sera à coup sûr infiltrée par des casseurs d'un nouveau genre : apolitiques agissant par petits groupes et avec une extrême violence. On peut être certain qu'ils s'en prendront aux manifestants selon une tactique de guérilla urbaine impossible à maîtriser. Il appartiendra aux policiers en civil présents à l'intérieur des cortèges de protéger les manifestants. Il va y avoir du sport. En donnant rendez-vous aux syndicats après la journée d'action de demain, le Premier ministre semble une nouvelle fois vouloir mesurer la mobilisation dont sont capables les organisations syndicales face à son CPE. L'exercice est superflu. Villepin aurait fait preuve de responsabilité en épargnant au pays un tel risque : il lui suffisait de retirer son texte qui, de toute façon, est mort.

Car s'il n'est pas achevé par la rue, le CPE pourra être mis à mal par le Conseil constitutionnel, les recours à répétition de la part des salariés (comme c'est le cas sur son frère, le contrat nouvelle embauche) et même les juridictions européennes qui invoqueront la nécessité de motiver un licenciement.

En reculant, Dominique de Villepin aurait été à rebours de l'image de hussard buté, convaincu que sa grandeur ne peut s'exprimer que dans le passage en force. Il aurait pu alors profiter de la dynamique ainsi créée par sensibilisation à la nécessité de fluidifier le marché du travail ; en se rapprochant des partenaires sociaux, il aurait pu jeter les bases d'une grande réflexion nationale sur cette question. Un débat qui aurait pu se nourrir de la situation de nos voisins européens qui ont tous opté pour des mécanismes de flexibilité de l'emploi et qui enregistrent des niveaux de chômages des jeunes incomparablement inférieurs à celui de la France.

* Directeur de la rédaction de 20 Minutes.

S'il avait su reculer, Villepin aurait pu profiter du débat que le CPE a lancé