"La misogynie en politique reste une tendance lourde"

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Roselyne Koskas, 61 ans, a été journaliste avant  de prendre la direction de la fondation Sophia Antipolis. Avec Guy Schwartz, conseiller encommunication, elle vient de signer « Le pouvoir misogyne » (Bourin Editeur)  ou la difficle quête de la parité, entre insultes sexistes et code de pouvoirs masculins.

En 1981, Edith Cresson, alors ministre de l'Agriculture, se fait accueillir lors d'une manif par une banderole « Edith, on espère que t'es meilleure au lit ». En 1999, au salon de l'agriculture, on hurle à Dominique Voynet, ministre de l'Environnement « Tire ton slip, salope ». En vingt ans, rien n'aurait changé ?

Elles s'imposent petit à petit, mais la misogynie en politique est une tendance lourde. Il n'y a qu'à voir les réactions aux sondages sur Ségolène Royal. On est loin de la parité, et de l'acceptation de l'autre. Les insultes tournent toujours autour des mêmes thèmes : les fringues, la sexualité... Au-delà du fait que c'est inacceptable, c'est d'une pauvreté d'imagination !

La loi sur la parité de 2000 a-t-elle fait avancer les choses ?

Au niveau local, et pour des postes au premier échelon comme conseiller municipal, oui. Mais pas aux échelons supérieurs, ou même pour des sièges de députés. Les partis préfèrent payer des amendes que de présenter des femmes.

Vous insistez sur le fait que les femmes, novices en politique, ont du mal à maîtriser les codes du milieu.

Ce n'est pas étonnant qu'il y ait des « filles de », comme Roselyne Bachelot ou Michèle Alliot-Marie, car elles ont pu apprendre ces codes – comme l'importance du verbe – par imprégnation. Une femme politique va privilégier l'action et ne se sent pas obligée de prendre la parole à tout propos. Voyez Jacques Chirac en Inde, insistant pour que Christine Lagarde, ministre du Commerce extérieur, «dise quelque chose». Il y a aussi le « fratriarcat », tout ce qui tourne autour des réseaux, que les hommes ont mis en place depuis longtemps. Mais les femmes s'y mettent, notamment les anciennes des grandes écoles.

Les femmes politiques sont-elles solidaires ?

Ce qui est frappant, c'est de voir à quel point elles manifestent leur soutien lorsque l'une d'entre elles est insultée, même si elle est de l'autre bord. Et c'est après que les « Jupettes », ministres du gouvernement Juppé, ont été remerciées que des femmes politiques de droite et de gauche se sont regroupées pour constituer la première « Task Force » sur la parité, qui aboutira à la loi de 2000. Cela dit, dès qu'il y a des enjeux de pouvoir, il y a aussi rivalité. En période d'élection, c'est la rivalité qui prime !

D'après vous, le monde économique est plus ouvert à la parité. Pourtant, il n'y a que 7 % de femmes dirigeantes...

Certes, mais le secteur privé est plus rationnel : l'important, c'est l'efficacité et la rentabilité. Si on a besoin des femmes, on leur fait de la place. Dans le bâtiment, parce qu'on manque de bras, des métiers tels que grutiers ou ébénistes se sont féminisés et tout le monde y trouve son compte.

La question du temps et de sa gestion semble centrale pour parvenir à la parité ?

Les tâches ménagères et familiales sont toujours inégalement réparties, ce qui freine la carrière économique et politique des femmes. Sans compter les horaires de travail trop tardifs. En Suède, les entreprises ont pour principe de finir une réunion à 18h. Et si le problème n'est pas réglé, c'est simplement qu'il est trop complexe et qu'il faut y réfléchir à nouveau sans pour autant que la vie familiale en pâtisse. Point.

Recueilli par Anne Kerloc'h