Fallait-il publier les caricatures de Mahomet ?

©2006 20 minutes

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En l'espace de quelques jours, la planète s'est embrasée autour de quelques caricatures parues

il y a quatre mois dans un journal danois

De quoi s'agit-il ? Le 30 septembre, le quotidien Jyllands-Posten publiait sous le titre « Les visages de Mahomet » douze dessins de caricaturistes

L'un d'entre eux montrait la tête du Prophète surmontée d'un turban en forme de bombe à la mèche allumée

La religion musulmane interdisant toute représentation du Prophète, certains ont crié au sacrilège

Sauf qu'un journal non musulman, dans un pays non musulman, n'est pas tenu d'obéir aux préceptes des imams

En réalité, c'est évidemment le lien entre islam et terrorisme suggéré par le dessinateur qui a suscité autant d'émoi

Et pourtant – ce que souhaitait sans doute dénoncer cette caricature –, c'est bien au nom d'Allah que des terroristes font exploser leurs bombes, tuant des innocents, au mépris d'un commandement qui s'applique aux trois religions monothéistes : « Tu ne tueras point »

Ecrire cela, fût-ce au travers d'une caricature, n'est pas stigmatiser l'islam, qui est une religion de paix

C'est dénoncer ceux qui, s'abritant derrière la religion, commettent par fanatisme (ou par calcul politique) des crimes abjects

Les chrétiens ne doivent pas oublier ce qu'ils ont eux-mêmes fait au nom de leur foi, pendant les croisades ou sous l'Inquisition

Face à cette déferlante de protestations, il faut noter les appels à la raison et à l'autocritique qui s'élèvent dans le monde arabe

L'hebdomadaire jordanien Shihane, par exemple, n'a pas hésité à publier trois des caricatures en se demandant dans son éditorial : « Qu'est-ce qui porte le plus préjudice à l'islam, ces caricatures ou bien les images d'un preneur d'otage qui égorge sa victime devant les caméras, ou encore un kamikaze qui se fait exploser au milieu d'un mariage à Amman ? » Dans ces conditions, 20 Minutes devait-il publier ces caricatures ? La question a été soigneusement pesée

Entre publier tous les dessins en cause – ce qui serait apparu comme une provocation – et ne rien faire, tout était une question de curseur

Nous avons estimé que nos lecteurs devaient être libres de se faire leur opinion

Nous avons voulu aussi affirmer que la liberté de la presse est intangible

Le terrorisme n'utilise pas forcément des bombes, il peut aussi se pratiquer avec l'esprit.

C'est bien au nom d'Allah que des terroristes font exploser leurs bombes