OPA de Mittal Steel : une affaire interne à l'Europe

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A les entendre, c'est l'horreur mondialiste incarnée : un groupe indien, surgit de sa poussière lointaine, s'apprête à dévorer un fleuron industriel européen dans une OPA hostile, forcément sans scrupule et à tous les coups socialement dévastatrice (lire en page Economie)

L'heure est donc au ralliement contre l'attaquant

Voilà Dominique de Villepin sommé de « bloquer » cette flibuste financière par le député UMP de l'Essonne Nicolas Dupont-Aignan, le premier à en appeler à l'unité nationale pour combattre l'envahisseur indien

Sauf que la réalité est légèrement différente

Un, Mittal Steel Company N

V

n'est pas le bras capitaliste du tigre indien ; elle est l'archétype de l'entreprise internationale, sise au Pays-Bas, et ayant des activités dans une bonne douzaine de pays

autres que l'Inde d'où elle est pratiquement absente

D'indien, elle a ses propriétaires, la famille de Lakshmi Mittal qui vit à Londres

C'est donc une donnée essentielle : nous ne sommes pas dans le cas de la tentative d'acquisition du groupe pétrolier américain Unocal par une entreprise d'Etat chinoise il y a quelques mois (et qui s'était soldée par un échec)

Deux, Arcelor sort tout juste d'une opération qui avait commencé dans les mêmes conditions – une offre non sollicitée – sur le canadien Dofasco

Par conséquent, les regrets de Thierry Breton sur le «non respect de la liturgie» des affaires frisent le ridicule, surtout si l'on rappelle l'OPA de Total sur Elf (initiée avec un simple fax adressé à son président) ou la récente acquisition d'Aventis par Sanofi, lancée brutalement et avec le soutien de l'Etat français

La liturgie défendue par le ministre de l'Economie ne peut fonctionner à sens unique

Trois, Arcelor est un groupe européen, fruit d'une fusion d'aciéries françaises, luxembourgeoises et espagnoles ; le problème devient donc communautaire et l'opposition à Mittal Steel encore plus illusoire : avec son siège à Amsterdam, Mittal est tout aussi européen, il ne menace pas la concurrence, pas plus qu'on ne peut invoquer contre lui une dangeureuse position dominante (la nouvelle entité contrôlerait 10% de la production d'acier mondiale)

Bruxelles ne fera donc rien, sinon s'indigner, comme les Français qui entament dans la ferveur une vibrante et stérile semaine de « patriotisme économique ».

Les regrets du ministre sur le «non respect de la liturgie» des affaires frisent le ridicule