Hervé Hamon L’écrivain publie le résultat de deux ans d’enquête dans les collèges et les lycées

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Qu’avez-vous appris de votre enquête ? Contrairement à ce que l’on entend trop souvent, les choses se sont améliorées. Il y a vingt ans, certains collèges très difficiles étaient dans une situation dramatique. De leur côté, les établissements d’enseignement professionnel étaient de vrais parkings à chômeurs. J’y suis retourné. Et je peux témoigner d’une chose : la banlieue, c’est pire, mais le collège, c’est beaucoup mieux ! Le niveau moyen monte, l’enseignement professionnel est le secteur qui a le plus bougé et, entre 1985 et 1995, le nombre de bacheliers a doublé. Votre livre est néanmoins très critique. De quoi l’Education nationale souffre-t-elle ? Elle est d’abord très injuste. Comment peut-on parler de collège « unique », alors que les écarts se creusent. On a un peloton de tête qui roule plus vite et qui va plus loin, mais ceux qui sont à la traîne ou carrément hors jeu (soit 20 à 30 % des élèves) sont plus largués qu’avant. On a enfourné tout le monde dans un moule qui était conçu pour une élite. En conséquence, une partie de la population se retrouve dans des zones de relégation scolaire, et parfois très précocement. Ensuite, il y a les bons bacs et les autres, ceux des riches et les autres. Un problème d’autant plus saillant que cette école qui discrimine socialement le fait aussi du point de vue ethnique. C’est un grand tabou de la République, mais on ne peut pas nier qu’il y ait aujourd’hui, en schématisant, les collèges des Blacks et des Beurs et les collèges des Blancs. Ce à quoi s’ajoute une différence  entre filles et garçons ? Ce qui m’indigne peut-être le plus, c’est effectivement le sexisme de l’école. Les filles sont meilleures que les garçons : elles sont notamment plus nombreuses à passer en seconde générale. Mais si l’on prend les filières de formation professionnelle, des lycées généraux par exemple, on retrouve 75 % de filles dans le secteur tertiaire et 93 % de garçons dans le secteur industriel, qui débouche sur des formations beaucoup mieux négociables sur le marché du travail. Faut-il encourager la mixité sociale  au détriment des résultats des meilleurs ? Tous les chercheurs sont d’accord sur un point : si vous mixez cinquante bons élèves et cinquante mauvais, les bons vont avoir une très légère perte de performance (et un petit inconfort), mais les autres vont gagner énormément. Je comprends très bien les parents qui veulent éviter à leur enfant le collège « à problèmes », mais c’est aussi une histoire de citoyens. Est-ce que nous, « usagers » de l’école, sommes prêts à accepter pour nos enfants un minimum de « dérangement » éventuel pour une amélioration globale de la formation des jeunes dans ce pays ? Côté enseignants, vous critiquez moins  le manque de moyens que le défaut  de gestion des personnels ? Il faut rappeler que le budget de l’Education nationale est passé en vingt ans de 16 à 23 % du budget de l’Etat, soit plus que dans beaucoup d’autres pays de l’OCDE. Par contre, il n’y a aucune gestion des ressources humaines. On parachute les jeunes qui sortent de l’IUFM, insuffisamment préparés, dans les académies difficiles de Lille, Versailles ou Créteil. Ils s’en sortent plutôt pas mal pour la plupart. Néanmoins, il est déraisonnable de les y envoyer sans les y préparer, puis sans les encadrer. Quand en pense que l’on doit recruter 145 000 jeunes enseignants d’ici à 2011, il va falloir trouver de bons arguments pour qu’ils veuillent venir. Propos recueillis par Luc Brunet

Vingt ans après  un ouvrage cosigné avec son comparse Patrick Rotman,  Tant qu’il y aura  des profs,  Hervé Hamon publie  le résultat d’une nouvelle enquête sur le collège et le lycée, Tant qu’il y aura  des élèves (Seuil). Pendant deux ans, l’auteur,  également membre du Haut Conseil de l’évaluation de l’école, est parti en « voyage » au sein  de l’Education nationale.  Il a retrouvé ses anciens témoins, rencontré ceux qui  les ont remplacés, suivi les cours  au fond des classes. Constat doux-amer.