L'heure du débat a sonné

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Décidément, cette élection est singulière. Depuis l’investiture et l’entrée en lice des deux principales attractions, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, la confrontation des projets, des programmes et surtout des candidats n’a jamais eu lieu. Vous pensiez entendre parler de retraites, du système de santé, d’éducation, d’Europe, bref, de fond… Au final, questions de forme ou polémiques font l’ordinaire de la campagne. D’abord, ce fut l’offensive de François Bayrou sur l’impartialité des médias. Le feu a si bien pris que l’un des enjeux de l’élection est devenu son traitement médiatique. Deuxième sujet : le suivi, heure par heure, de l’évolution des sondages (Ipsos a même inventé une enquête quotidienne !). Troisième thème : la chasse aux signatures des « petits » candidats ; une course à l’échalote remplissant le vide jusqu’au 16 mars. Mais entre-temps, la campagne a également vécu des sautes d’humeur. Successivement : Ségolène Royal est-elle compétente (période « bravitude ») ? Quels candidats payent l’ISF ? Combien la France a-t-elle de sous-marins nucléaires (épisode 1) ? Nicolas Sarkozy utilise-t-il les RG contre ses adversaires ? Combien la France a-t-elle de sous-marins nucléaires (épisode 2) ? Et enfin, la semaine dernière, Nicolas Sarkozy a-t-il payé son appartement assez cher ? On avait pu espérer, au lendemain de la présentation par Ségolène Royal de ses propositions, à Villepinte (Seine-Saint-Denis), le 11 février, que le chiffrage de tous les programmes allait tirer la campagne vers le haut. Las, quelques millions d’euros plus tard, le soufflé retomba. Cependant, ces derniers jours, un sujet pouvant enfin profondément modifier la donne a atterri. Un fait assez fort pour coincer les candidats dans une discussion centrale pour une présidentielle : le rôle de l’Etat. Avec le crash d’Airbus, ils ont, en effet, posé devant eux, au milieu de la table de débat, un enjeu de fond, clivant, sur l’interventionnisme de l’Etat, mais également une question sociale qui devrait les contraindre à s’opposer sur leurs conceptions respectives de la politique et de l’économie. Il est temps.