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Avant le 8 mars, c’est déjà le 8 mars. A l’approche de la journée des femmes, sorties mais aussi relectures des livres sur le « sujet femme » sont attendues. Voilà trois livres, du plus fondateur au moins réjouissant, parus au cours des derniers mois.

Nouveau manifeste

«Tu vas voir, c’est l’équivalent aujourd’hui du Deuxième Sexe deBeauvoir dans les années 1960 », m’avait annoncé cette féministe de 65 ans en m’offrant "King Kong théorie". En plus vif et à vif. L’auteur de "Baise-moi" délivreunétonnantmanifeste, destiné à rester comme texte fondateur. Parlant depuis sa position de « prolotte de la féminité », c’est avec une énergie soutenue à chaque page qu'elle en découd avec les figures imposées et les carcans imposants. Elle fait s’effondrer l’idéal corseteur, fantôme mortifère de la femme blanche « séduisante mais pas pute (…), travaillant mais sans trop réussir ». Interprète le viol, non comme un accident « périphérique » dans le joli cours tranquille de la sexualité, mais comme un « rituel sacrificiel central » organisant la soumission. Raille les contempteurs duféminisme, pleurant sur l’identité masculine en déroute». Au final, elle déjoue les représentations figées pour redonner à la femme le mouvement et la liberté.

A. K.

"King Kong théorie", de Virgine Despentes, éd. Grasset.

La liberté du non-choix

« Je suis de celles qui ont refusé de choisir…» Choisir entre carrière et famille, vie privée et vie publique.Choix qui n’en est pas un, car contraint. Le titre du livre - Qui gardera les enfants ? - rappelle le cri fabiusien, venu du plus lointain des couches sédimentaires du machisme à l’annonce de la candidature de Ségolène Royal. Mais pour Yvonne Knibiehler, cette interrogation-injonction est une adresse « à toute la société ». Pour la raison qu’elle constitue ni plus nimoins « le principal obstacle de l’égalité entre les sexes ». Pendant des dizaines d’années, cette universitaire a renoué les fils de l’histoire majeure des femmes et des mères. Dans son dernier livre, elle choisit l’histoire minuscule.Une chronologie intime qui chemine des veuves de guerre au planning familial. Peu de verbiage, des engagements, et beaucoup d’humanité pour dénoncer et énoncer. En conclusion, « le féminisme a su aider les femmes à ne pas être mère quand les pouvoirs publics voulaient les y contraindre. Il faut à présent aider également les femmes qui ont choisi d’être mères, comme c’était leur droit. »

A. K.

"Qui gardera les enfants? Mémoires d’une féministe iconoclast", d’Yvonne Knibielher, éd. Calmann-Lévy.

Supernénette s’habille en Prada

Louloutes au rebut, mères en crise, réjouissez-vous : le jour de la féminitude est arrivé. Ecoutez la voix de celles « qui ont le sentiment d’être en harmonie aujourd’hui avec le monde qui les entoure ». Des femmes « apaisées, épanouies », au visage nappé de béatitude. De fait, ça clapote à chaque page dans l’infusion à la rose musquée. On termine son travail avant 18 h 30 pile-poil, « pour le bain des enfants », on a « une vie de couple équilibrée ». Le livre égrène dix exemples de pionnières piochées dans les rangs du Lumpen prolétariat : « Elle porte des vêtements Prada et un panier en osier »… Les auteurs n’ont pas fait lasortie des usinesMoulinexpour le casting.L’idée était sans doute louable (mettre enavant desmodèles« positifs »).Mais le résultat est une réalité passablement distordue, une vision sous overdosedecamomille. Unepetite phrase prévient cependant : « Lasituation est plus facile à gérer pour les femmes cadres » et « la partie n’est pas gagnée pour toutes ». Tout de même…

A. K

"Le Sexe fort", de Muriel Roy-Prêtet et Capucine Graby, éd. Bourin.