Les 30 glorieuses ?

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Nicolas Sarkozy, d'après les sondages, et si l'on suit une presse plutôt « empressée », semble planer au-dessus des eaux. Comme Ségolène Royal, qui connut elle aussi les joies de l'apesanteur il y a moins d'un mois. Il est ainsi crédité au premier tour de l'élection présidentielle d'intentions de vote qui le placent fréquemment au-dessus des 30 %. Il est dès lors intéressant de se replonger dans notre histoire électorale pour analyser l'embellie et revenir à des « fondamentaux » qui devraient inciter le président de l'UMP à quelque prudence. Ce flash-back permet de constater que s'il parvenait à atteindre un tel score le 22 avril, Nicolas Sarkozy rejoindrait le résultat de Valéry Giscard d'Estaing en 1974. L'année de son élection, le candidat de la droite (non gaulliste) réunissait 32,6 %. Il reste à ce jour le seul à droite à avoir accompli une telle performance, laissant alors Jacques Chaban-Delmas – trahi par les siens – à 15 %. En 1981, le même VGE (battu au second tour) atteignait encore 28,32 %, tandis que Jacques Chirac recueillait 18 % (sa première tentative). En 1988, Chirac atteignait à peine 20 % (19,96 %). Il est à croire que Chirac a d'ailleurs du mal à croiser dans d'autres eaux que celles qui entourent les 20 %. En 1995, il atteignait 20,84 %, son « ami de trente ans » Édouard Balladur perdant son pari de peu (18,58 %). En 2002, enfin, Chirac se hissait à 19,88 %. Devant Bayrou (6,84 %). Alain Madelin – qui s'en souvient ? – récupérant moins de 4 %. Bref, depuis trente-trois ans, aucun candidat de droite n'a pu culminer là où les sondages placent Nicolas Sarkozy. Les 44, 47 % de Pompidou en 1969 ou les 44,65 % de De Gaulle en 1965 sont bien loin. Surtout, en avril prochain, plusieurs données viennent compliquer la donne. La vraie percée dans les sondages de François Bayrou, la puissance sans doute intacte de Jean-Marie Le Pen, la présence de quelques petits candidats de droite (Villiers, Dupont-Aignan, Nihous) rendent assez peu probable plus de 30 %. Attention, cela n'a pas valeur de pronostic pour un second tour encore incertain et, surtout, ne signifie nullement que Nicolas Sarkozy va perdre. Jacques Chirac a bien gagné deux fois avec 20 % au premier tour...