Jacques Attali raconte les soixante prochaines années dans sa Brève histoire de l'avenir (Fayard) : émergence d'un « hyperempire » construit autour d'un ordre marchand déshumanisé, lequel débouche sur un « hyperconflit » issu de l'incapacité des pays...

©2006 20 minutes

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Dans le glissement de « l'hyperempire » vers le conflit, vous semblez sous-estimer les capacités de révolte et de vigilance des peuples...

Je les vois sous la forme de l'hyperdémocratie dont je pense qu'elle permettra peut-être d'éviter l'hyperconflit. Tout cela se présente sous la forme de vagues, lorsque celle de l'hyperconflit est là, celle de l'hyperdémocratie est juste derrière. Donc je n'exclus pas que des livres comme le mien, en décrivant ces terrifiantes évolutions, aident à ce qu'elles ne se réalisent pas... Ce que je décris est le plus vraisemblable. Car pour en arriver à l'hyperdémocratie, il faudra passer par une purge d'une extrême violence. Je ne pense pas que les résistances civiques d'aujourd'hui à ce que j'appelle « l'hypersurveillance » et « l'autosurveillance » l'emporteront sur ces technologies qui sont en train de s'installer insidieusement dans notre vie quotidienne. Et je ne crois pas que les mouvements de la société seront capables de s'opposer à cela.

Quid des contre-pouvoirs civiques qui existent déjà ?

Nous allons à la fois vers une montée formidable de l'économie de l'altruisme avec les organisations non gouvernementales – à mon avis, ce sont elles qui gouverneront le monde un jour – et simultanément vers la montée d'une économie criminelle impossible à contenir.

Qu'est-ce qui vous fait penser que l'économie altruiste prévaudra ?

Aujourd'hui se développe le sentiment selon lequel nos actions quotidiennes ont des conséquences sur la vie des autres ; on a intérêt au bonheur de l'autre ; la paix chez nous dépend du recul de la pauvreté ailleurs. Le fait qu'on emploie de plus en plus souvent le terme « communauté internationale » – qui est un mot flou mais qui signifie quand même « gouvernement mondial » – traduit une conscience que la planète a un sens en tant que tel. La technologie permettra aussi la naissance progressive d'une intelligence collective qui sera bientôt celle de l'humanité tout entière.

Dans cette perspective, la notion gauche-droite a-t-elle encore un sens ?

La grande opposition est dans la notion de court terme versus long terme. La droite, c'est la priorité à la liberté et la liberté, c'est le court terme. La droite se distingue avec la liberté individuelle comme priorité, et la gauche avec la liberté collective comme priorité. C'est donc un choix entre liberté individuelle et altruisme. Cela redéfinit radicalement l'opposition gauche-droite. Il y a donc un corps commun d'altruisme intéressé à trouver et c'est une condition avant de se poser les questions traditionnelles.

Dans le passage sur la France de votre livre, vous préconisez des remèdes qui appartiennent clairement au registre de la droite libérale...

Oui, ils appartiennent à ce registre, parce que ce sont les conditions de la modernité. Et la France doit faire en sorte de ne pas s'accrocher à des conceptions qui conduiraient au déclin de sa propre identité.

Recueilli par Frédéric Filloux