La majorité se remettra-t-elle aux courants ?

Matthieu Goar

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Hollande sait qu'Ayrault connaît parfaitement tous les pièges du Palais-Bourbon.
Hollande sait qu'Ayrault connaît parfaitement tous les pièges du Palais-Bourbon. —

Sous leur ciel tout rose, les socialistes profitent de leur nouvelle majorité. Avec 300 députés PS à l'Assemblée, et la majorité au Sénat, le tandem Ayrault-Hollande va découvrir les saveurs de l'hyperpuissance parlementaire qui permet de ne pas avoir à négocier avec d'autres groupes le vote des lois. Sauf qu'un groupe parlementaire très important est plus difficile à contrôler, comme a pu le constater François Fillon avec les débats sur le travail dominical et la taxe carbone. « Il y a une fragilité dans l'hyperpuissance. Notamment parce que le PS devra s'astreindre à organiser, au sein d'une majorité pléthorique, du débat et de la démocratie », résume Rémi Lefebvre, politologue. Arrivé au faîte de sa popularité, le PS va maintenant s'atteler à mettre en place son programme dans un contexte de crise. Avec cette nouvelle majorité, les tentations de rebellion seront sans doute plus nombreuses. « Sous Sarkozy, l'UMP a quand même fait bloc à l'Assemblée dans les moments de grande adversité. Le problème est que le PS a une culture différente », poursuit Lefebvre. Une façon polie d'évoquer la culture des courants au sein du PS qui fait qu'un Benoît Hamon est parfois plus proche d'un Jean-Luc Mélenchon que d'un François Hollande. Atténués depuis le Congrès de Reims, les courants pourraient s'épanouir à nouveau au sein de l'Assemblée lors de moments de tension. Hollande a pris des garanties contre ces risques. En nommant Jean-Marc Ayrault, ancien président du groupe PS à l'Assemblée, et en ne s'opposant pas à la candidature de l'un de ses proches, Bruno Le Roux, à la tête du nouveau, le président place deux fins connaisseurs des humeurs du Palais-Bourbon au cœur de la machine législative.
Sauf que d'autres personnalités sont restées à l'extérieur. Martine Aubry ou Ségolène Royal par exemple. « Certains auront forcément envie de faire entendre leur petite musique. Martine Aubry bien sûr, mais aussi Manuel Valls, Arnaud Montebourg ou d'autres dans le gouvernement. Il faut arriver à organiser une polyphonie, mais dans l'harmonie », résume Lefebvre. Un sacré défi dans lequel le parti, qui se chosira de nouveaux dirigeants à l'automne, devra trouver son rôle à côté du pouvoir.