Maréchal prend du galon

ALEXANDRE SULZER

— 

La petite fille de Jean-Marie Le Pen a remporté 42,09 % des suffrages.
La petite fille de Jean-Marie Le Pen a remporté 42,09 % des suffrages. —

Cinq ans. C'est la durée pendant laquelle Marion Maréchal-Le Pen, 22 ans, va siéger au Palais-Bourbon comme benjamine de l'Assemblée. C'est aussi la différence d'âge entre la petite-fille de Jean-Marie Le Pen et son grand-père quand celui-ci était élu, à 27 ans, plus jeune député de France en 1956. Autant dire que son élection confortable dans la 3e circonscription du Vaucluse – avec 42,09 % des voix, devant l'UMP (35,82 %) et le PS (22,08 %) – a tout du symbole. « Aujourd'hui, je suis la représentante de 20 % des Français. Je vais participer à la nouvelle génération politique de ce pays », s'est-elle félicitée.
Une victoire d'autant plus savourée qu'elle intervient à Carpentras, ville dont le cimetière juif avait été profané en 1990. Le FN a toujours considéré qu'il s'agissait d'une manipulation pour le déstabiliser. Même si les coupables étaient bien des militants d'extrême droite. « Enfin est effacé l'outrage infligé » a souligné Marion Maréchal-Le-Pen, tout de blanc vêtue, devant des militants déchaînés. A ses côtés, fatigué, Jean-Marie Le Pen applaudit, sans excès. « C'est une victoire incomplète », a-t-il nuancé, un peu plus tôt, en référence à sa fille Marine, éliminée à plus de 800 km de là. « Ce n'est pas une revanche personnelle, ma personne ne compte pas, ce qui compte, c'est le signal : ce n'est qu'un début. » Car les cadres locaux du parti comptent bien faire de cette élection une rampe de conquête des communes vauclusiennes. Encore faut-il que Marion

Maréchal-Le Pen s'implante dans une circonscription qu'elle connaît mal, parachutage oblige. « Elle n'est venue qu'une fois par semaine pendant la campagne, mais comme elle était entourée d'une nuée de caméras, les gens croyaient qu'elle passait son temps ici », persifle Jean-Michel Ferrand, le député UMP battu. « Elle va s'installer ici rapidement », rassure son directeur de campagne Maxime Angot. « Elle est jeune, elle est jolie – les portes s'ouvrent plus facilement – elle a un nom, une intelligence », énumère-t-il.
Dans la foule, discrète, Yann Le Pen, la mère de Marion, croit aussi à l'avenir de sa fille. « Je m'attends à tout avec elle. Elle ira loin », glisse-t-elle, tout en demandant à une poignée de militants, exaltés, de baisser leur bras tendu pendant la Marseillaise. « Carpentras était une blessure pas fermée, conclut-elle, les larmes aux yeux. Mission accomplie. »