Le printemps arabe résonne sur les écrans

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Après la bataille de Youri Nasrallah.
Après la bataille de Youri Nasrallah. —

Trois films, trois regards, trois engagements. L'Egyptien Yousri Nasrallah, l'Algérien Merzak Allouache et le Marocain Nabil Ayouch ont été réunis cette semaine par la Quinzaine des réalisateurs pour parler du cinéma dans leurs pays, un an après le printemps arabe. Les événements de la place Tahrir ont marqué Nasrallah au point d'en faire le cœur de son film, Après la bataille, en compétition. « J'étais en train de tourner un autre film, mais cette période était si mouvementée qu'elle nous prenait toute notre énergie, notre pensée, notre affectif. Un film avec cette matière m'est apparu comme une nécessité. »

Pas question de se lamenter
Dans Le Repenti, projeté à la Quinzaine des réalisateurs, Allouache évoque la mauvaise conscience des Algériens face à la politique de réconciliation baptisée « concorde civile ». Nabil Ayouch revient sur les attentats de 2003 à Casablanca dans Les Chevaux de Dieu, présenté dans la section Un certain regard. Des événements dont le traitement indépendant cause bien des tracas à leurs auteurs. « Notre liberté est fragile, rappelle Nabil Ayouch, ce qui nous incite à la vigilance. D'autant que l'économie du cinéma est gangrenée par un piratage massif : le public ne va plus en salle et nous prive des recettes de nos films. » « On ne nous empêche pas de tourner, témoigne Merzak Allouache. C'est déjà ça. Mais il ne faut pas compter sur le soutien de l'Etat dès lors qu'on fait partie de ceux qui montrent ce qu'on ne

devrait pas montrer. » Nabil Ayouch, lui, craint la volonté

récente de « promouvoir un art propre », selon les termes du gouvernement islamiste nouvellement élu au Maroc… Mais pas question de se lamenter. « On ne fait pas des films pour se plaindre, reprend Nasrallah. Pensons aux cinéastes iraniens qui filment leur pays avec évidence et simplicité, alors que c'est l'un des plus répressifs au monde. »