ingénieurs, ces perles rares

aNTOINE PORTE-RIVERA

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Augmenter le nombre de diplômés d'écoles d'ingénieurs pourrait remédier au problème de la désindustrialisation.
Augmenter le nombre de diplômés d'écoles d'ingénieurs pourrait remédier au problème de la désindustrialisation. —

Alors que le taux de chômage en France flirte avec les 10 % et qu'il dépasse même 20 % chez les jeunes (22,4 % à la fin 2011 pour les 16-24 ans), un diplôme d'ingénieur s'apparente aujourd'hui à un sésame offrant un accès direct au marché du travail : « 60 % des étudiants d'écoles d'ingénieurs trouvent un emploi avant même d'être diplômés, et 90 % à peine un mois après avoir décroché leur diplôme », assure Christian Lerminiaux, le président de la conférence des directeurs d'écoles françaises d'ingénieurs (CDEFI).

Un déficit chronique de diplômés
Pourtant, il existe dans notre pays un déficit chronique du nombre de diplômés d'écoles d'ingénieurs, puisque ces écoles diplôment 31 000 étudiants par an, alors qu'il en faudrait entre 40 000 et 50 000. Conséquence, bon nombre d'entreprises peinent à recruter, et particulièrement les PME : « Les grands groupes passent devant car les jeunes diplômés privilégient d'y faire carrière. Ils y voient une meilleure sécurité de l'emploi, une politique salariale plus attractive ou des possibilités d'évolution, poursuit Christian Lerminiaux. En revanche, le nombre de PME a du mal à croître car elles souffrent d'un déficit d'accès à la matière grise. Nous devons donc faire comprendre aux étudiants comment les PME fonctionnent, pour les encourager à se diriger vers elles, voire de développer leurs idées en créant leur propre business. »

La peur de l'échec
Si l'on pousse plus loin le raisonnement, augmenter le nombre de jeunes diplômés d'écoles d'ingénieurs pourrait même remédier au problème de la désindustrialisation en France, puisque « quand vous n'avez pas la matière première, il vous faut la matière grise !, lance Christian Lerminiaux. La France reste considérée comme un grand pays d'ingénieurs, avec de grandes réalisations, des écoles prestigieuses. Plus d'ingénieurs, c'est plus d'entreprises, de dynamisme et de meilleures capacités d'investissement. Tout cela peut contribuer à la réindustrialisation de notre pays. »
Mais si l'ingénierie est une filière qui, certes exigente, offre la garantie de l'emploi, comment expliquer ce déficit du nombre de diplômés ? « La peur de l'échec, explique Christian Lerminiaux. Il faut être capable d'assumer cinq ans d'études, voire plus, sans être sûr de décrocher son diplôme. Résultat, bon nombre de jeunes s'autocensurent, moins en raison du coût des études que de la peur de l'échec. A ceux-là nous devons donner confiance. »