Des bandeaux en pleine débandade

olivier mimran

— 

Industrie florissante aux Etats-Unis, le strip a quasiment disparu en France. Pourquoi ces petites bandes dessinées de trois à six cases, généralement humoristiques, ne font-elles plus recette chez nous ? Le genre reste pourtant efficace, comme en témoignent d'excellentes nouveautés, telles Z comme Don Diego (Dargaud) de Fabrice Erre et Fabcaro, ou Les Aventures de la fin du monde (12bis) de Vincent Caut. Deux experts nous aident à analyser ce déclin.
Apparus dès la fin du  XIXe  siècle outre-Atlantique et au début du XXe sècle en France, les strips (littéralement « bandeaux ») font les beaux jours d'une presse quotidienne alors bien portante. Aux Mandrake et Peanuts succèdent Calvin et Hobbes, Mafalda ou 13, rue de l'Espoir du Français Paul Gillon. « Les journaux d'alors ne regardaient pas à la pagination ni à la dépense », nous précise Henri Filippini, critique et historien de la BD. Et comme ils étaient distribués par des agences spécialisées (Opera Mundi en France), ces petits gags ne revenaient en plus pas très cher avant les années 1970. « Le déclin a commencé quand les strips, spécialement créés pour la prépublication, ont été remplacés par de pleines pages de séries bradées par les éditeurs qui y voyaient une publicité gratuite », selon Henri Filippini.

Internet en sauveur
« Désormais, si ça coûte de l'argent, ça n'intéresse plus la presse quotidienne, qui connaît de graves difficultés financières et fait des économies sur tout… y compris sur ce qui plaît aux lecteurs », nous confirme Gilles Ratier, secrétaire général de l'ACBD (Association des critiques et journalistes de BD) et journaliste à L'Echo, qui publie hebdomadairement quelques strips. Pourtant, si le genre semble condamné dans sa forme historique, il revit depuis quelques années sur Internet : les strips, accessibles gratuitement, s'y appellent désormais « webcomics ». De quoi consoler les nostalgiques… l'odeur de l'encre en moins !