« il y aura de la pluie, mais pas de larmes »

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Après avoir voté (en bas), Hollande profite de sa tournée rituelle des autres bureaux pour saluer les habitants de Tulle.
Après avoir voté (en bas), Hollande profite de sa tournée rituelle des autres bureaux pour saluer les habitants de Tulle. —

Une clameur s'élève place de la cathédrale à Tulle. A 20 h, des milliers d'habitants viennent de voir le visage de leur champion s'afficher sur l'écran géant. Sous une pluie battante qui rappelle le 10 mai 1981. Les « on a gagné ! » fusent. Au même moment, dans son bureau du conseil général, François Hollande reste quasi impassible. « Il avait les yeux légèrement embués, un sourire un peu particulier, avec beaucoup de retenue », raconte Sophie Dessus, élue corrézienne. Il reste seul avec sa plume, Aquilino Morelle, pour peaufiner son discours. Il arrive enfin, la pluie a déjà cessé, et une nouvelle clameur monte. Il livre un message grave : « Je serai le président de tous. » Avant de lancer « je reviendrai », à une terre qui l'a élu à 75,7 %.

Des rituels pour patienter
La fin de la plus longue journée de sa vie. A 10 h 30, une petite centaine de personnes l'attend devant son bureau de vote. Il a passé une courte nuit. Légèrement tendu, comme la veille, où il concédait une « appréhension », alors que les derniers sondages se resserraient. Heureusement, il est à Tulle. « Ici, je suis auprès des miens. Je lui dois ça à cette Corrèze qui m'a tant donné », expliquait-il. Des applaudissements saluent sa sortie du bureau de vote et déjà il part faire la tournée des autres bureaux. Comme chaque jour de scrutin. « Les rites donnent le rythme », dit-il. Des rites qui l'occupent pour la plus longue journée de sa vie. Dans chaque bureau, des Tullistes l'attendent. Comme pour lui dire au revoir. « Il reviendra. Mais Paris, c'est sa place maintenant », glisse Roland, à la mairie de Laguenne. Il serre des mains, entend des « François, t'es le meilleur ». Et entre dans la mairie partager un verre de vin avec le maire, un « rituel porte-bonheur » en place depuis trente ans. Vers 14 h, des Tullistes l'attendent – encore ! – devant le Central, où il doit déjeuner. Il débarque, un franc sourire aux lèvres. Les sondages « sortis des urnes » sont positifs. A une dame, il lâche : « Ce soir, il y aura de la pluie, mais pas de larmes. » Il reprend encore la route pour parcourir son canton, toujours ces rites pour se rassurer, comme les sportifs avant de grands événements.Maud Pierron