Nicolas Sarkozy, prisonnier de ses propres frontières

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Nicolas Sarkozy vote pour le second tour à Paris, dimanche.
Nicolas Sarkozy vote pour le second tour à Paris, dimanche. —

L'antisarkozysme plus fort que l'ambition d'un homme. Nicolas Sarkozy le savait : le combat était difficile. Et c'est pour cela qu'il y croyait sincèrement. C'est dans l'adversité que cet animal politique aime se surpasser. Depuis des mois, il assurait qu'il y aurait une « surprise ». Il avait fini par s'en convaincre lui-même : en période de crise, les Français n'oseraient pas désigner un homme de gauche au moment où l'Espagne faisait office de modèle socialiste à ne pas suivre.
D'autant qu'il y a chez Nicolas Sarkozy un authentique mépris de François Hollande. De son parcours sans éclat, de sa normalité. Lui pense incarner le mouvement. N'a-t-il pas osé mettre la barre à droite toute dans l'entre-deux-tours quand on lui disait d'être « rassembleur » ? Las, jamais la magie de 2007 n'est pas revenue. Alors que le « travailler plus pour gagner plus » avait « imprimé » les esprits, aucune proposition n'a semblé s'imposer cette année. Une semaine avant le second tour, Nicolas Sarkozy tente de clarifier les choses : « en 2012, mon projet, c'est de remettre les frontières au centre de la politique ».
Mais la frontière s'est muée en barrière. Barrière entre Nicolas Sarkozy et le peuple. Encadré par un dispositif de sécurité omniprésent, le président sortant s'est offert peu de bain de foule. Les incidents de Bayonne le 1er mars ont rappelé au candidat UMP son impopularité. Barrière entre Nicolas Sarkozy et les « corps intermédiaires ». La tactique de ciblage systématique des médias et des syndicats a rendu agressive une parole que le chef de l'Etat avait tant bien que mal réussi à présidentialiser.
Barrière enfin entre Nicolas Sarkozy et sa propre majorité. Car la radicalisation de son discours pourrait laisser des traces. Sur les ruines du sarkozysme fumant, la reconstruction de la droite française s'annonce compliquée. a. S.