Les extrêmes en pleine montée

Alexandre Sulzer

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Une baisse pour François Hollande, une déculottée pour Nicolas Sarkozy. Le dernier baromètre CSA pour 20  Minutes, BFMTV et RMC montre un effritement net des deux favoris des sondages au profit de leurs challengers (voir ci-contre). Leur score cumulé passe de 59 % à 53 % en une semaine. « Des résultats spectaculaires, mais cohérents » pour Jérôme Sainte-Marie, qui dirige le département opinion de CSA.
En cause : l'égalité du temps de parole qui ne favorise pas les gros candidats, moins exposés qu'auparavant dans les médias. Conséquence : des transferts de voix. A gauche, c'est Jean-Luc Mélenchon qui engrange. Le candidat du Front de gauche gagne 12 points chez les 18-24 ans, 11 points chez les ouvriers (quand François Hollande perd 10 points) et récolte 23 % des voix chez les Français qui ont voté Ségolène Royal il y a cinq ans (soit une progression de 7 points). « La dynamique Mélenchon est lancée, il recueille strate sociale après strate », indique Jérôme Sainte-Marie. L'effet est encore plus net à droite où Nicolas Sarkozy perd des voix « dans le cœur de son électorat » : 11 points parmi les électeurs sarkozystes de 2007, 10 points chez les personnes âgées, 15 points chez les personnes qui travaillent à leur compte. Le candidat UMP redescend à un niveau qu'il n'avait pas connu depuis début février. « Depuis l'égalité du temps de parole, on le voit logiquement moins, alors qu'il n'est jamais aussi bon que dans l'action. Pour comparer au tour de France qu'il adore, il n'est jamais aussi bon que dans le dur, les étapes de montagne. En ce moment, on est plus dans une étape de plaine », se moque un dirigeant PS. Signe de la démoralisation des sympathisants UMP : 32 % d'entre eux anticipent une victoire de François Hollande contre à peine 21 % la semaine dernière. « La danse du ventre de certains d'entre nous vers le centre a perturbé la cohérence et la pertinence de la stratégie », regrette un cadre de l'UMP, qui observe que de nombreux sondages à sortir cette semaine sont contradictoires. « Les boussoles s'affolent, ça part dans tous les sens, c'est donc que tout est encore possible. » D'autant que seuls 60 % des sondés sont sûrs de leurs choix, soit 4 points de moins que la semaine dernière. Une « situation inédite » à une échéance si courte du scrutin, glisse ce cadre qui se rassure : « Avoir une baisse, psychologiquement, c'est bien. Ça remobilise. » Réponse dimanche place de la Concorde.