le vote homo existe-t-il ?

Julien Ménielle

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Les gays voteraient autant pour la droite que les hétéros.
Les gays voteraient autant pour la droite que les hétéros. —

Ils représentent 6,5 % de la population de plus de 18 ans et pèsent plus lourd que l'électorat catholique ou musulman. Il faut donc compter avec les lesbiennes, gays, bi et transsexuels (LGBT) dans la course à l'Elysée, mais le vote gay est-il une réalité en 2012 ?
« On ne vote pas exclusivement en fonction de son orientation sexuelle », prévient François Kraus, directeur d'études chez Ifop et auteur de la première étude sur le vote des minorités sexuelles, parue en 2012. « Il n'y a pas de vote gay, au sens où il n'y a pas d'électorat captif, mais il y a le vote des gays et ses tendances », poursuit-il. « Il y a un vote gay, c'est très clair depuis l'élection de Mitterrand en 1981, rétorque Didier Lestrade, cofondateur d'Act Up. Il y a un consensus sur les revendications. »
« La première question est de savoir s'il y a bien une tendance spécifique, ce qui est le cas pour le vote gay qui n'est pas identique au vote majoritaire, juge de son côté le sociologue Eric Fassin. La deuxième question est : “Est-ce parce qu'ils sont gays qu'ils votent différemment ?” C'est plus difficile à déterminer. » Que l'on parle de vote gay ou de vote des gays, trois tendances se dessinent.
L'électorat LGBT reste « ancré à gauche », affirme François Kraus et vote même plus à gauche que la population générale. Au détriment de la droite, « mais pas de l'extrême droite », pour laquelle les gays votent autant que les hétéros, selon Eric Fassin. « La tentation xénophobe peut s'expliquer par l'adhésion à un certain discours qui décrit les immigrés comme homophobes », explique le sociologue.
Dans son ouvrage Pourquoi les gays sont passés à droite*, Didier Lestrade ne dit pas autre chose. Mais pour lui, « les gays sont plus individualistes et égoï­stes qu'avant » et se sont tournés vers les partis de droite. « Didier Lestrade est dans l'observation du milieu gay, essentiellement parisien, et compare la situation actuelle à celle des années 1980, alors que nous étudions une population plus globale, sur la période 2007-2012 », précise toutefois François Kraus.
La population homosexuelle, historiquement de gauche, aurait donc amorcé un virage à droite ? « Il y a surtout une tendance à un non-engagement », nuance Didier Lestrade. En 2012, cependant, « les gays voteront Hollande pour le mariage gay, parce qu'ils veulent faire partie de l'histoire, mais c'est un vote par dépit, il n'a jamais rien fait pour nous », promet l'ancien d'Act Up.
Une surprise de dernière minute pourrait cependant venir bouleverser la donne. « Beaucoup de gays sont séduits par Mélenchon, et parmi ceux qui comptaient voter Verts, nombreux sont ceux qui voteront pour lui au premier tour », prédit Didier Lestrade. Passés à droite ou pas, les gays voteront donc à gauche...