pêcheurs en voie de disparition

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Vincent Walogne, patron du Maria-Magdalena, redoute plus la hausse du prix du gazole que la baisse des quotas.
Vincent Walogne, patron du Maria-Magdalena, redoute plus la hausse du prix du gazole que la baisse des quotas. —

Petit poisson deviendra grand… Sauf s'il se prend dans les filets du Maria-Magdalena. Ce chalutier de Boulogne-sur-Mer pêche, selon la saison, harengs, maquereaux ou, comme en ce moment, des encornets que Vincent Walogne, patron armateur, espère rapporter après une nuit en mer. Alors que le port s'éloigne, Vincent explique que, depuis qu'il a repris l'activité il y a une vingtaine d'années, certaines espèces, comme le hareng, ont bénéficié de l'instauration de quotas de pêche : « Aujourd'hui, il y a une concentration phénoménale de harengs de Berck à Gris-Nez, mais nous n'obtenons pas d'augmentation des quotas. »

Contrôles croisés

et mailles carrées
Destinés à permettre aux espèces menacées de se reproduire, les quotas sont source de mécontentement chez les pêcheurs : basés sur des analyses scientifiques dont les données ont un ou deux ans de décalage avec la réalité, ils sont souvent inadaptés à ce que relèvent les pêcheurs dans leurs filets et ne sont pas respectés aussi scrupuleusement par tous les pays.
« Ici, nous sommes très contrôlés, explique Vincent Walogne. Tout ce qui est débarqué est comptabilisé par la direction des pêches et un système électronique à bord leur envoie en direct les informations sur ce que nous prenons. » Un contrôle croisé qui devrait éviter aux poissons de passer entre les mailles du filet. Les vrais filets, eux, sont étudiés pour ne pas capturer les poissons juvéniles et les espèces non ciblées. C'est au centre d'essais de l'Ifremer à Boulogne qu'ont été élaborées les mailles carrées, devenues obligatoires en Manche.
« Elles maintiennent une ouverture constante et permettent aux petits poissons de s'échapper », assure Grégory Germain, ingénieur à l'Ifremer. Mais après trois heures à racler les fonds, lorsque les marins remontent le chalut, nombre de petits poissons atterrissent sur le pont du Maria-Magdalena avant d'être rejetés, morts, à la mer. Un gaspillage que l'Europe voudrait interdire : « On nous dit qu'on va nous les racheter pour faire des granulats pour les poissons d'élevage, mais on ne sait pas à quel prix, et pour nous c'est du travail en plus », s'inquiète Vincent Walogne, qui a déjà dû réduire son équipage pour affronter la hausse du prix du gazole.
« Au cours des vingt dernières années, nos capacités nationales de pêche ont été réduites de 50 %, déplore Pierre-Georges Dachicourt, président du Comité national des pêches maritimes. Sur les quotas alloués à la France, 40 000 tonnes restent inutilisées, car nous n'avons plus les moyens techniques de les pêcher », alerte-t-il.
De retour au port, les marins débarquent le poisson, vendu le matin même à la criée. Au jeu de l'offre et de la demande, les espèces de saison ne valent pas cher. En revanche, à la pompe, le prix des 2 000 litres de gazole quotidiens grimpe sans arrêt. « On ne sort plus en mer si on n'est pas sûr de faire une bonne pêche », témoigne Vincent Walogne. Plus que les filets sophistiqués, ce sera peut-être la flambée du gazole qui accordera un peu de répit aux bancs de poissons. A.C.