Denain, un brin fataliste, hésite

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A Denain (Nord), les difficultés financières  apparaissent dès le 15 du mois.
A Denain (Nord), les difficultés financières apparaissent dès le 15 du mois. —

« Achetez un poulet pour payer la campagne de Hollande ! » Sur le marché de Denain, Abdelkader n'a pas peur de faire fuir les clients de droite. Selon ce vendeur, il n'y en a pas. « Je parle souvent politique avec les gens, ils trouvent que Sarkozy aide plus les riches que les pauvres. » « Il y a clairement un effet anti-Sarko, estime la maire (PS), Anne-Lise Dufour. J'aimerais qu'il y ait aussi un effet pro-Hollande. » Mais ce n'est pas le cas, reconnaît-elle.

« Si t'as pas de dettes, t'es riche »
Dans cette ville où « les fins de mois commencent le 15 », la politique intéresse les habitants, mais ne les convainc pas. A l'image de Badre, 30 ans, qui aide son frère à écouler des DVD sur le marché. « Avec toutes les promesses qu'on nous a faites, on n'y voit plus rien, estime celui qui ne sait pas encore pour qui il va voter. Ici, on a tout misé sur le charbon. Maintenant, on mise sur l'auto. Mais ça aussi, ça se casse la gueule », dit-il en référence aux difficultés de l'usine PSA toute proche. « En 1977, il y avait plus d'emplois que d'habitants mais la ville est tombée, et seule la population pas qualifiée est restée », soupire Anne-Lise Dufour. Dans l'ancien coron du Nouveau Monde, beaucoup d'habitants font partie de cette population inactive. Parmi eux, Lucie, 24 ans, qui promène son deuxième enfant. Comme elle, son concubin, plaquiste, est au chômage. « J'irai voter mais je ne sais pas pour qui. Quand ils parlent, je ne comprends pas », lâche celle qui aimerait pouvoir offrir des vacances à ses enfants. Elle, n'en a jamais eu de sa vie. Ce qui ne l'empêche pas de penser qu' « on aide trop ceux qui ne travaillent pas ». Danielle, 62 ans, hésite, elle, à se rendre aux urnes. « Que ce soit l'un ou l'autre, ça ne changera rien. On ne crée pas des emplois du jour au lendemain », assure-t-elle. Avec son mari, elle touche 600 € par mois, mais pas question de se plaindre : « Ma mère disait : “Si t'as pas de dette, t'es riche.” » Alexandre sulzer