« Les politiques ont leur part de responsabilité »

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François Kalfon
Membre du bureau national du PS

et auteur de Que faisons-nous

de leur vingt ans.
Vous parlez d'un désengagement

de la jeunesse. Pourquoi ?
Les Français sont les champions du monde du pessimisme. A travers les entretiens que j'ai réalisés pour mon livre, j'ai constaté que ce sentiment est hypertrophié dans une jeunesse qui fait face à la précarité liée à la crise. Le passage d'un cocon familal parfois confortable à un environnement extérieur très dur est vécu avec violence. Cela conduit la génération Y au désarroi et au repli. Si depuis des décennies, toutes les générations de jeunes ont connu une mobilisation sociale ou politique significative, pour la première fois depuis cinq ans, alors que les jeunes des Etats-Unis ou encore d'Espagne manifestent, la jeunesse française reste étrangement absente de ces mouvements.
Les politiques s'intéressent-ils

à la jeunesse ou veulent-ils

convaincre les parents ?
En fait, ils s'adressent aussi aux parents à travers leurs discours à la jeunesse. Mais celle-ci se caractérise d'abord par sa défiance vis-à-vis de la politique. Ce que veulent les 18-25 ans, c'est une formation adaptée, un emploi et un logement pour pouvoir basculer dans l'âge adulte. Face à cette situation dégradée, les politiques ont leur part de responsabilité. Il y a un vrai travail à mener au sein de l'Education nationale, où 150 000 jeunes décrochent tous les ans sans diplôme. Face à cela, il faut en finir avec les mesures cosmétiques et faire du curatif. Par exemple, en centrant l'école sur la réussite de chacun plutôt que sur une sélection déraisonnable qui aggrave les inégalités.
Quelles conséquences

cela peut-il avoir sur 2012 ?
Je suis inquiet quant à l'abstention des jeunes. Si en 2007, la jeunesse avait peu voté FN, Marine Le Pen et sa façon de parler « cash » peut séduire un électorat qui a l'impression qu'il vivra moins bien que ses parents. A nous de les convaincre qu'il y a des raisons d'espérer.