Khalida T: "Au Canada, l'immigration est considérée comme un investissement"

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Quand et pourquoi avez-vous décidé de vous installer à Montréal?

L’idée de l’immigration vers le Canada date de 6/7 ans. Un challenge personnel, suis-je capable de me créer une vie à l’étranger facilement sans y connaître personne. J’ai finalement quitté la France en sept 2002 et suis surtout ravie de l’avoir fait. Moins de stress, plus de reconnaissance professionnelle, une carrière réalisable à la hauteur des ambitions de chacun. Ton boss qui ne s’inquiète pas parce que tu travailles bien mais se dit qu’il en tirera profit. Professionnellement un pays qui permet beaucoup plus de possibilité (le changement de carrière à 45 ans n’est pas une tare mais est plutôt positive car vous êtes capable de vous remettre en question).
La recherche d’une meilleure qualité de vie, moins de vacances mais p-ê moins besoin d’en prendre. Rien n’est acquis mais tout se mérite.
Un système social entre le modèle social et libéral (chomâge, système de santé publique, éducation d’assez bon niveau…)ou encore l’accès à la propriété simplifiée…

Le Canada pratique une immigration choisie aux conditions d'éligibilité lourdes. Il faut notamment avoir un projet viable, être spécialisé dans une filière recherchée etc. Pouvez-vous me décrire votre parcours, depuis le moment où vous avez fait votre demande jusqu'au moment où vous êtes arrivée à Montréal?

Il ne faut pas forcément un projet ou une spécialisation mais remplir des conditions d’employabilité "idéales", l’immigration ici est considéré comme un investissement et une condition de survie à long terme. 
Les conditions sont donc : l'âge, la maîtrise du français, le niveau d'étude et la filière, une bonne connaissance de l'anglais et s'assurer qu'on peut  trouver un travail rapidement.
Avant d'arriver ici, j'ai passé une maitrise AES, achevé un 3ème cycle en école de commerce en marketing/communication et acquis 4 années d’expérience.

La demande du statut de résident permanent (RP)a pris 6 mois auprès des services québécois et canadiens, étalée dans mon cas pendant 2 ans.
Je suis partie 3 mois après avoir obtenu mon visa de RP. J’ai débarqué à Montréal, les formalités douanières complètes prennent tout au plus 2 heures à l’aéroport.
3 semaines plus tard, je louais un grand appartement, c'est très facile ici, il n'y a pas de papier à fournir ni de caution à verser. C'est une relation de confiance ou plutôt de service – je t’offre un logement et tu t’engages à payer un loyer.

J'ai obtenu ma 1ère mission d'intérim une semaine après avoir commencé mes recherches. J'ai changé plusieurs fois de poste, dont un en relation avec mon background en France où je suis restée 1 an et demi, avant de décrocher le poste que j'occupe actuellement.  

La loi Sarkozy, votée aujourd'hui, prône également l'immigration choisie. Quel est votre sentiment sur cette sélection assumée?

Elle pourrait être intéressante si il y avait un vrai travail de fond fait sur les immigrants déjà présents en France. Pourquoi la prise en charge d’un nouvel arrivant vient-elle d’être mise en place auprès des ANPE (cours de français, infos pratiques sur la vie quotidienne….), alors que la France est une terre d’immigration depuis plus de 100 ans ?
Il faudrait également se pencher sur les critères qui seront retenus en France...
Le point négatif de l’immigration choisie, c’est une immigration à 2 niveaux. D'abord, l’immigration de luxe où les personnes qualifiées ou non mais en provenance d’un pays où les mœurs sont similaires sont avantagés. En étant Français au Canada, aucunement besoin d’équivalence de diplômes. Avec une attitude positive et en oubliant notre état d’esprit d’assisté tout se fait de façon très simple. Ensuite, l'immigration de second niveau (des personnes qualifiées provenant de apys en voie de dveloppement : afrique, Amérique latine) pour qui on ne reconnaît pas la valeur des diplômes et qui se retrouvent à être chauffeur de taxi alors qu’ils sont ingénieur ou médecin. Je sais c’est un peu cliché mais c’est une réalité ici. Le poids des lobbys est très fort. On manque de médecins mais un médecin étranger ne peut pratiquer sans avoir repasser des diplômes!
Alors je dis oui à ce projet si des procédés sont mis en place afin d’éviter de se retrouver dans ce type de clichés mais je reste sceptique en France vu qu’un individu né sur le territoire et y ayant toujours vécu n’est pas forcément considéré comme un français.
Peut-être qu’il serait intéressant pour une fois de présenter les vrais données économiques afin que les gens ne considèrent pas cela comme une immigration supplémentaire (discours Marine Le Pen). La France a besoin de nouvelle main d’œuvre. Essayons d’expliquer plutôt que de frustrer en imposant.

Recueilli par Sandrine Cochard