ton univers pitoyable

Envoyé spécial dans la Bulle, Benjamin Chapon

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Le festivalier débutant, un petit chat trauma vu par Laurel (blog  http://bloglaurel.com/coeur/).
Le festivalier débutant, un petit chat trauma vu par Laurel (blog http://bloglaurel.com/coeur/). —

Il n'est arrivé au festival que depuis vingt-quatre heures, et il est déjà fauché, découragé et malade. Lui, c'est le jeune auteur de BD standard, qui croit que la gloire commencera à lui sourire, ou du moins à l'aguicher du coin de l'œil, ici, à Angoulême, lors du plus important festival de BD du monde. Pour montrer ses planches pleines d'audace, et dans le but de se faire éditer, il a pris un billet de train (hors de prix), un logement chez l'habitant (acariâtre) et a essayé de prendre rendez-vous avec de gros éditeurs (méprisants). Après un kebab-frites (avarié) et des heures d'attente dans le chaud puis le froid, il est forcément tombé malade. Des cinq éditeurs qu'il a rencontrés, deux « le rappelleront » (pas), deux lui ont ri au nez (qui coule), le dernier lui propose de l'éditer, et « pour l'argent, on verra plus tard, hein ? » Il a entendu parler d'une fête mais n'a pas de carton d'invitation, il voulait rencontrer Lewis Trondheim, qu'il suit sur Twitter, mais n'a finalement croisé que Boulet chez le charcutier. Il ne viendra plus à Angoulême, c'est sûr.

Iznogoud élu au premier tour
Il y a un million de raisons pour ne pas venir à Angoulême. Et pourtant, le festival est le seul moment où toute une ville, certes pas bien grande, ne parle que de BD pendant quatre jours. La pharmacienne débat de l'influence de l'underground américain sur le trait de Blutch, et deux retraités devisent sur la surcote d'Enki Bilal. Et l'on peut se prendre à rêver que la BD est vraiment quelque chose d'important. Plaisir ou travail ontologiquement solitaire, la BD se transforme en expérience collective. Le succès grandissant des rencontres et des ateliers qu'organise le festival montre que les amateurs de BD se détournent peu à peu des fastidieuses séances de dédicaces. Alors en attendant le dur retour à la réalité et les collègues qui demandent « alors c'était bien tes expos de petits Mickey ? », la bande dessinée compte plus que la politique, l'économie… et tout le reste !

Un festival de téléchargement

Les livres les plus piratés sur Internet sont… les bandes dessinées ! Selon la dernière étude de l'Observatoire du livre et de l'écrit, de 8 000 à 10 000 titres sont régulièrement accessibles aux internautes. Et les plus référencés – hors mangas – en téléchargement direct sont : la série « Alpha » (Le Lombard), Lucky Luke, tome 23 (Dupuis)et le Malvoulant (Delcourt). Un trio de tête très grand public, qui confirme une autre affirmation selon laquelle les best-sellers, grands classiques (« Astérix ») et séries phares (« Walking Dead »), sont les titres les plus piratés.