Après le « rêve français », la rigueur

Maud Pierron

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François Hollande a présenté ses « 60 engagements pour la France », hier à la Maison des Métallos à Paris.
François Hollande a présenté ses « 60 engagements pour la France », hier à la Maison des Métallos à Paris. —

Du « rêve français » à la réalité. Après s'être envolé dimanche au Bourget (Seine-Saint-Denis) en attaquant « le monde de la finance », François Hollande a atterri hier à la Maison des Métallos sur un terrain plus réaliste en présentant son projet. « Soixante engagements pour la France » marqués du sceau de la ri­gueur, indispensable pour revenir à l'équilibre budgétaire en 2017, l'objectif qu'il s'est fixé.

« Tout ce qui est dit sera fait »
Devant tout le gratin socialiste, Hollande, avec un effort de pédagogie du prof d'économie qu'il a été, a martelé: il y aura 29 milliards d'euros d'économies par an consacrés au rééquilibrage des comptes publics et 20 milliards de dépenses nouvelles pour le financement de son projet. « Toutes les mesures présentées sont intégralement financées », détaille le promoteur de « l'espérance lucide ». « Tout ce qui est dit sera fait », insiste-t-il pour tempérer dans le même élan : « Je ne promets que ce que je suis capable de tenir. Pas moins, pas plus. » Exit donc, la hausse du smic ou les 500 000 places de crèches prévues dans le programme du PS. L'allocation d'autonomie pour les jeunes ? « Lorsque nous aurons les ressources financières qui le permettront. »
Pour construire son projet, le socialiste s'est basé sur des hypothèses de croissances très basses – 0,5 % en 2012 –, en deçà de celles du gouvernement jugées « irréalistes ». Car hier, c'est bien sur le terrain de la crédibilité qu'il ne voulait pas être pris en défaut. Son quinquennat, a-t-il expliqué, sera « organisé en deux temps » : d'abord les « réformes structurelles », notamment fiscales, qui permettront de dégager des marges de manœuvre, et « dans un deuxième temps », la « redistribution ». Un programme de rigueur ? « 29 milliards d'euros devront de toute façon être trouvés par le prochain président. Le grand débat, c'est : “Qui va les payer ?” Le gouvernement dit : “Ce sont les Français”. Moi, je dis : “Les plus grandes entreprises et les plus grandes fortunes” », se défend Hollande. Aux plus aisés, il réclame un « effort de solidarité », pour mieux rassurer les classes moyennes qui, avec lui, « seront protégées ». Un exposé un peu aride pour « réenchanter le rêve français ». « L'idée de progrès, c'est ça le rêve. Ce n'est pas l'idée de faire rêver les Français », corrige subtilement Manuel Valls, le dircom de Hollande. « Maintenant, le programme est sur la table, se réjouit le député Bernard Debré (UMP). Nous allons pouvoir mettre Hollande face à la réalité. » Le match est lancé.