Hollande, candidat « attrape-tout » ?

Maud Pierron

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Le candidat socialiste au Bourget, dimanche.
Le candidat socialiste au Bourget, dimanche. —

Dimanche au Bourget, François Hollande a surpris jusqu'à ses proches avec un discours clairement ancré à gauche, désignant, comme Mitterrand à l'époque du congrès d'Epinay, « la finance » comme « véritable adversaire ». « Il n'y a pas de virage à gauche de François Hollande, il y a un projet qui est un projet de gauche, porté par un candidat de gauche », a défendu hier Benoît Hamon, soucieux de ne pas donner prise à ce qui pourrait être perçu comme une volte-face dans une stratégie jusque-là marquée par le sceau du réalisme.
« Il a surpris ? C'est bon signe, ça me rappelle Mitterrand, s'exclame la députée PS Marie-Noëlle Lienemann. Tout le monde lisait dans le marc de café pour dire ce qu'il pensait, mais il faisait ses choix librement », rappelle-t-elle. Pour celle qui a défendu Martine Aubry lors des primaires, « il n'y a pas de changement de cap de Hollande ». Il a simplement fait « un discours résolument républicain », or « la conquête républicaine passe aujourd'hui par la gauche ».

« Un subtil dosage »
Pourtant, entre la réquisition des terrains de l'Etat pour construire des logements sociaux, l'encadrement des loyers ou celui des dépassements d'honoraires des médecins et la suppression des stock-options… la gauche du PS a ses gages. « Rituel incontournable pour le premier gros meeting », commente Rémi Lefebvre, politologue à Lille-II. Et l'aile réaliste du parti n'est pas en reste, puisque Hollande a revu à la baisse le nombre d'emplois d'avenir (150 000 plutôt que 300 000) et confirmé qu'il y aurait 60 000 créations de postes dans l'Education nationale… à périmètre constant.
« C'était un discours au subtil dosage, analyse Rémi Lefebvre. Avec des marqueurs à gauche qui retirent du grain à moudre à Mélenchon, mâtinés d'éléments parlant à la droite, avec le thème de la sécurité, les drapeaux français et la Marseillaise, tout en conservant son discours sur la responsabilité » qui plaît aux centristes. Un Hollande finalement aux multiples facettes, « un candidat attrape-tout », qui « conserve sa stratégie de l'ambiguïté », assure le politologue.