Flannan Obé : "L'homophobie s'exprime de façon différente qu'il y a 10 ans"

3 questions au président de SOS Homophobie

3 questions à Flannan Obé, président de SOS Homophobie

Vous publiez aujourd’hui le rapport 2006 sur l’homophobie. Quels en sont les grands enseignements ?

Depuis 10 ans, l’homophobie n’a pas régressé en France mais elle s’exprime de façon différente. Dans les milieux politiques et médiatiques, il est certes devenu politiquement correct de se dire contre l’homophobie – ce qui est d’ailleurs positif – mais « l’hétérosexisme » se développe, c’est-à-dire le discours qui considère l’homosexualité comme inférieure à l’hétérosexualité.
« Sur le terrain », les homos souffrent encore d’homophobie et en meurent parfois. Nous avons recensé en 2005 130 appels pour agressions physiques, soit 11% des témoignages reçus par notre association au cours de l’année. D’autre part, le harcèlement et les discriminations sont fréquents dans le monde du travail, aussi bien dans les grandes entreprises que les PME, aussi bien dans le public que dans le privé. Ils persistent également au sein de la cellule familiale et dans le voisinage.

Jack Lang demande la fin de l’application d’une circulaire datant de 1983 qui relègue « les personnes homosexuelles ou bisexuelles ayant des partenaires multiples » au ban du don de sang. Vous associez-vous à sa démarche ?

Bien sûr. Aujourd’hui, une personne qui veut faire un don doit au préalable dire si elle est homosexuelle ou non. Si oui, elle est rayée des listes des donateurs. C’est scandaleux : la prévention sur le Sida a évolué depuis 1983 ! Ce que nous demandons, sans porter atteinte à la santé publique, c’est de discriminer les comportements sexuels à risque et non pas les orientations sexuelles. Aujourd’hui, un hétérosexuel qui a plusieurs partenaires et qui ne se protège pas sera rayé des listes de donateurs durant quelques mois seulement alors qu’un homosexuel fidèle le sera à vie. Ce n’est pas normal.

Quels sont les chantiers prioritaires de votre association pour 2006 ?

Nous voulons mettre l’accent sur les programmes d’information. Légiférer, c’est important symboliquement mais il faut qu’à l’école, les élèves soient sensibilisés à l’homophobie. Or, ce n’est pas le cas aujourd’hui et la part des jeunes parmi les agresseurs est très importante.
Quant au scandale du don du sang, nous préférons privilégier le dialogue qu’engager des poursuites judiciaires. Nous avons déjà rencontré lundi 15 mai le conseiller régional d’Ile-de-France Jean-Luc Romero, l’Etablissement français du sang et un représentant du ministère de la Santé pour tenter de faire évoluer la réglementation.

Propos recueillis par Alexandre Sulzer