"Les homosexuels ne doivent plus être exclus du don du sang"

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Jack Lang, candidat déclaré à l'investiture du PS pour l'élection présidentielle de 2007, a préconisé vendredi une vaste réforme des cotisations sociales car le mode de financement de la protection sociale est devenu "une machine à produire du chômage de masse".
Jack Lang, candidat déclaré à l'investiture du PS pour l'élection présidentielle de 2007, a préconisé vendredi une vaste réforme des cotisations sociales car le mode de financement de la protection sociale est devenu "une machine à produire du chômage de masse". —

Voici la reproduction de la lettre adressée ce jour par Jack Lang à Xavier Bertrand, Ministre de la Santé et des Solidarités et concernant l'exclusion des homosexuels du don du sang.

Monsieur le Ministre,

Il subsiste en France une mesure discriminatoire extrêmement choquante à l’encontre des homosexuels, qui sont exclus du don du sang. A l’occasion de la Journée Mondiale contre l’Homophobie, qui aura lieu le 17 mai prochain, je vous demande, Monsieur le Ministre, d’y mettre fin.
La circulaire de 1983 écarte systématiquement du don du sang les « personnes homosexuelles ou bisexuelles ayant des partenaires multiples ». En 2002, l’Etablissement Français du Sang a confirmé cette exclusion, en précisant qu’elle s’applique aux personnes ayant eu « des relations homosexuelles masculines ».
Donner son sang est un acte citoyen. Refuser cette possibilité de manière aussi absurde et systématique aux homosexuels est une mesure inutilement vexatoire.
Les tests actuels, notamment le test d’amplification des acides nucléiques (TAN) permettent de dépister avec beaucoup plus de fiabilité que les précédents tests des infections telles que le VIH ou l’hépatite.
Le principe de sécurité ne peut donc plus justifier l’exclusion de toute une population. Le Comité national d’Ethique avait alerté les pouvoirs publics sur le risque de transformation « du principe légitime de sécurité en stigmatisation ou en mesure qui peut être considérée comme discriminatoire ». La Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité considère pour sa part, dans sa délibération du 6 février 2006, que « la décision d’exclusion définitive du don du sang d’une personne paraît devoir être prise sur la base de risques liés à son comportement » et non à son orientation sexuelle.
Ces deux motifs – fiabilité plus grande des tests, et refus de pérenniser une discrimination – ont conduit deux grands pays européens, la Suède et le Portugal, à ouvrir cet acte citoyen aux donneurs homosexuels. Le Portugal a abandonné la notion de « population à risque » comme motif d’exclusion pour celle de « conduites à risque », aujourd’hui beaucoup plus pertinente. C’est d’ailleurs la recommandation que formule la Halde.
Les critères établis par la circulaire de 1983, et la définition des populations à risque (les homosexuels, les personnes originaires d'Haïti et d'Afrique équatoriale et leurs partenaires sexuels et les usagers de drogues) ne correspondent plus au visage actuel de la pandémie de Sida.
Je vous demande, Monsieur le Ministre, d’accomplir cet acte positif d’ouverture du don du sang aux homosexuels, et d’en reconsidérer les motifs d’exclusion, qui devraient désormais reposer sur le critère de « comportement à risque », et non plus stigmatiser une population ou une orientation sexuelle.
Veuillez croire, Monsieur le Ministre, à l’assurance de mes sentiments les meilleurs,

Jack Lang
Monsieur Xavier Bertrand
Ministre de la Santé et des Solidarités