Villepin saute dans le train de la campagne

Envoyé spécial dans l'Aisne, Alexandre Sulzer

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Pour l'ancien Premier ministre Dominique de Villepin, « il y a les Français mondialisés et les autres, qui en prennent plein la gueule ».
Pour l'ancien Premier ministre Dominique de Villepin, « il y a les Français mondialisés et les autres, qui en prennent plein la gueule ». —

Sur le quai 21, tout au bout de la gare du Nord, le TER pour Laon a une demi-heure de retard. Coincé sur sa banquette bleu et gris en seconde classe, au milieu des usagers quotidiens indifférents, Dominique de Villepin prend son mal en patience. Hier, il se rendait à Anizy-Pinon dans l'Aisne pour son deuxième déplacement de campagne en province. Des voyages rares en raison d'un budget serré de 2 à 3 millions d'euros. « Ça ne sert à rien de courir comme un raton laveur pour être trois fois au “20 heures”, temporise-t-il . Au lieu de me précipiter là où tout le monde va, je préfère aller là où ça marche. » En l'occurrence, une ferme biologique au cœur d'un département gangréné par le vote FN. « Il y a les Français mondialisés et les autres, qui en prennent plein la gueule », décrypte-t-il, alors que le train s'immobilise une nouvelle fois au milieu des champs gelés. « Et je sais de quoi je parle », sourit l'ancien diplomate polyglotte qui n'ignore pas qu'il appartient à la première catégorie. D'où le besoin d'aller à la rencontre de la seconde. « C'est intéressant d'écouter le maire parler de services publics et de décharge », insiste Dominique de Villepin. « Il n'y a pas de petits et de grands problèmes, il faut s'intéresser aux deux », martèle celui qui reconnaît que « la fonction présidentielle prédispose aux grands problèmes ». Le souci immédiat pour le candidat, c'est le réseau mobile qui ne passe pas, et les « toilettes des trois wagons » qui sont hors service. « C'est enrichissant de toucher du doigt la réalité des choses », constate-t-il. Ne serait-il pas un peu frustré d'avoir désormais une heure et demie de retard dans ce TER alors qu'il y a quelques années, il parcourait le monde en jet ? « Non, c'est la vie, répond-il, tout sourire. Dans ma démarche, il faut beaucoup d'orgueil car il faut penser que ça vaut la peine d'être essayé [sa candidature]. Et beaucoup d'humilité. »