La mémoire de l'esclavage mobilise l'école

— 

Les élèves du second degré réussissent mieux actuellement et sont proportionnellement plus nombreux à obtenir le baccalauréat que leurs aînés, selon une enquête comparative des jeunes entrés en 6e en 1989 et en 1995 que publie lundi le ministère de l'Education nationale.
Les élèves du second degré réussissent mieux actuellement et sont proportionnellement plus nombreux à obtenir le baccalauréat que leurs aînés, selon une enquête comparative des jeunes entrés en 6e en 1989 et en 1995 que publie lundi le ministère de l'Education nationale. —

La mémoire de l'esclavage, après celle de la Shoah, mobilise de plus en plus l'école, notamment dans les banlieues où le thème des origines est devenu l'une des principales préoccupations des élèves.
« Nous avons eu un colloque en décembre organisé par la direction de l'enseignement scolaire (Desco) où le thème de l'esclavage était traité. Il a montré que l'enseignement de la mémoire de la Shoah est "réglé" mais que la traite négrière pose toujours problème », analyse Dominique Comelli, professeure d'histoire à Saint-Nazaire et membre du « groupe histoire » au Snes.

Aujourd'hui, constate l'enseignante, « on prend de plus en plus en compte une revendication pour cette mémoire là ». Elle a aussi remarqué qu'« il y a une différence d'intérêt entre l'Ile-de-France et le reste du pays » pour le sujet. Selon la spécialiste, « il y a quinze ans, personne ne parlait de l'enseignement de la Shoah. Notre société veut mettre désormais en avant sa mémoire et toutes les mémoires ont envie de se faire connaître ».

Sur le terrain, le thème de l'esclavage, en banlieue parisienne notamment, passionne les collégiens. «Les gamins, ils adorent ce thème. Ils sont très curieux sur l'esclavage, ils se posent des tas de questions et ne se positionnent pas très bien dans sa définition », s'étonne Laurence, une jeune prof d'histoire en 6e dans un collège de Créteil (Val-de-Marne). La mémoire de l'esclavage et de la traite négrière «n'est pas traitée spécifiquement dans les manuels de sixième mais abordée, sous le thème de la "démocratie incomplète" », ajoute Laurence.

« Il y a une sensibilisation croissante du corps enseignant pour les questions de l'esclavage, notamment après les émeutes de novembre qui ont remis sur le devant de la scène la question des origines », analyse de son côté Luc Bérille, secrétaire général du syndicat des enseignants SE-Unsa.

Selon le ministère de l'Education nationale, les programmes du primaire, qui balaient les siècles à chaque niveau, font une mention explicite au problème de la traite des noirs quand on arrive au XVIIe siècle. Dans le second degré, les programmes d'histoire font peu de place à ce thème. En effet, l'esclavage ne peut être vraiment abordé qu'en 5e, où l’on étudie les XVIIe et XVIIIe siècles ou en 4e et en seconde, où l'on étudie le XIXe siècle.

« Au collège il est seulement fait mention, dans les repères chronologiques, de l'abolition de l'esclavage », explique Laurent Wirth, inspecteur général d'histoire et de géographie au ministère de l'Education nationale. «Mais l'enseignant a une totale liberté pédagogique pour répondre à la demande », ajoute-t-il, en précisant que les programmes de collèges vont être refaits et «vont notamment prendre en compte la nécessité de développer l'histoire de la traite des noirs et de l'esclavage ».

Cet encouragement pédagogique, qui peut concerner d'autres enseignants que les seuls professeurs d'histoire, et d'autres moments que les cours d'histoire, a récemment été officialisé avec une circulaire de novembre 2005, incitant à insister sur le devoir de mémoire à l'égard de la traite négrière, l'esclavage et leurs abolitions, au delà des programmes qui les abordent.

Le 10 mai, date de la première commémoration en métropole de l'abolition de la traite négrière et de l'esclavage, l'Education nationale organise d'ailleurs à Paris à l’intention des enseignants un séminaire national sur ces sujets et comment les enseigner.

Avec AFP