La longue marche de l'abolition de l'esclavage en Amérique

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Consacrée en décembre 1865 par le 13e amendement de la Constitution américaine, l'abolition de l'esclavage en Amérique a été décidée en pleine guerre de sécession par le président Abraham Lincoln. Malgré tout, la traite des Noirs n'en finit pas de laisser des traces dans ce pays. Rappel des faits.

Dans les plantations de coton du Sud, les esclaves, transportés en masse d'Afrique, s'échinent dans des conditions inhumaines et sont totalement soumis à leurs maîtres blancs. Au milieu du XIXe siècle, les terres du Nouveau Monde comptent jusqu'à quatre millions d'esclaves.
En 1807, le président Thomas Jefferson interdit l'importation et le commerce d'esclaves. Malgré tout, la traite des Noirs continue de se renforcer et ce n'est qu'une soixantaine d'années plus tard, pendant la guerre de sécession, que l'abolition est décidée par le président Abraham Lincoln, un « pionnier » pour nombre d'historiens.
Sous la pression des mouvements abolitionnistes, il se heurte à la résistance des Etats esclavagistes. Confronté à une guerre sanglante, Lincoln ébauche tout de même en 1862 sa « Proclamation d'émancipation » et déclare: « Si l'esclavage n'est pas le mal, le mal n'existe pas. »
Cette « Proclamation d'émancipation », délivrée le 1er janvier 1863, stipule que « toutes les personnes retenues comme esclaves » dans les dix Etats sécessionnistes « sont et doivent être libres ». Le texte permettait aussi aux esclaves, devenus libres, de rejoindre l'armée confédérée.
Si cet acte n'a pas conduit à la libération immédiate d'un seul esclave, c'était un texte « hautement symbolique pour les Noirs et pour les Blancs, qui ont compris que cette guerre allait signifier la fin de l'esclavage », souligne Roger Wilkins, professeur d'histoire et de culture américaines à la George Mason University (Virginie, Est).
La guerre à peine terminée, Lincoln assassiné, l'abolition de l'esclavage est consacrée dans la Constitution en décembre 1865. Le 13e amendement stipule que « ni esclavage, ni servitude involontaire (...) n'existeront aux Etats-Unis ».

« En dix ans, l'impossible est devenu possible », note Russell Adams, sociologue à la Howard University de Washington - l'une des plus anciennes et des plus prestigieuses universités noires - expliquant que le 14e amendement de la Constitution adopté en 1868 fait des ex-esclaves des citoyens et que le 15e amendement, en 1869, leur donne le droit de vote. Un changement radical qui n'endigue cependant pas les réflexes racistes dans les Etats du Sud, ni n'efface les stigmates de l'esclavage dans l'Amérique d'aujourd'hui.
A la fin des années 1970, la série télévisée «Racines», montrant la vie d'un esclave dans une famille sudiste, captive des millions de téléspectateurs. Mais « un grand vide subsiste quand il s'agit d'esclavage. Les Américains ne veulent pas admettre combien l'esclavage compte dans l'histoire américaine », explique l’historien Eric Foner. « De 1620 à 1865, l'esclavage a duré deux siècles et demi, plus que le temps écoulé depuis son abolition ».
« C'est la trame de notre Nation », ajoute Gerald Foster, du Musée national de l'esclavage. « Il a bien sûr laissé un héritage: les blessures d'une population noire dont on a nié la culture et les inégalités raciales».