Victor Schoelcher, le père de l'abolition en france

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« Victor Schoelcher, un des rares souffles d’air pur qui ait soufflé sur une histoire de meurtres, de pillage, d’exactions ». L’hommage d’Aimé Césaire résume à lui seul l’importance prise par celui qui allait devenir le père de l’abolition de l’esclavage en France.

Victor Schoelcher naît le 22 juillet 1804 à Paris, au sein d’une famille de fabricants de porcelaines d’origine alsacienne (Fessenheim). Ses courtes études secondaires n’empêchent pas cet autodidacte de fréquenter dès l’adolescence les milieux littéraires et artistiques parisiens. Après avoir effectué plusieurs missions de représentation commerciale pour l’entreprise familiale - dont un long séjour au Mexique via les Etats-Unis et Cuba entre 1828 et 1830 - il devient journaliste et critique artistique. C’est à cette époque qu’il s’engage dans le mouvement républicain, en participant notamment à la création de La Réforme avant d’adhérer à la franc-maçonnerie, à la loge Les Amis de la Vérité puis à La Clémente Amitié.

Les premières missions
Après un premier périple vers le Mexique en 1828-1830, il visite plusieurs pays européens (Angleterre, Irlande, Hollande, Allemagne, Espagne, Italie), avant de repartir pour les Amériques, pour une mission d'étude de l'esclavage aux Caraïbes et des résultats de l'émancipation des esclaves dans les colonies anglaises, qui vient d'avoir lieu. Nous sommes en 1838. Il ramène de cette expédition de nombreux objets et les manuscrits de deux ouvrages déterminants: Des colonies françaises - Abolition immédiate de l'esclavage, et Colonies étrangères et Haïti. Il part ensuite vers la Méditerranée orientale, pour étudier l'esclavage musulman. De ses séjours en Egypte, en Turquie puis en Grèce, il ramène de nombreux objets et surtout un ouvrage intitulé L'Egypte en 1845.
Il part ensuite pour la même raison - l'étude de l'esclavage et de la condition des captifs - en Afrique subsaharienne, parcourant le Sénégal et la Gambie entre septembre 1847 et janvier 1848.

La lutte
Fort de ces expériences, il décide de se consacrer à la lutte contre l’esclavage et à la réforme du régime colonial, tout en restant un musicologue reconnu. En 1848, il préside la Commission d’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises qui préparera les décrets abolitionnistes du 27 avril. Schoelcher y occupe alors les fonctions de sous-secrétaire d’Etat au sein du ministère de la Marine auprès de François Arago de mars à mai. C’est l’occasion pour Schoelcher de mettre en application les aspects essentiels du projet de réforme coloniale qu’il a élaboré depuis 1840, devenant le promoteur d’une politique d’assimilation des droits politiques des citoyens des colonies à ceux de la France.
Ce visionnaire milite par ailleurs pour la construction du régime républicain en France, pour l’application du suffrage universel et pour l’abolition de la peine de mort, pour la reconnaissance des droits civiques des femmes et pour l'élaboration d'un droit des enfants. Des combats qui seront menés et gagnés parfois bien plus tard.
Qu’importe, l’engouement pour Schoelcher se manifeste de son vivant : le schoelcherisme devient un mouvement politique en Martinique et en Guadeloupe, provinces où le père de l’abolition de l’esclavage en France est acclamé et élu comme représentant du peuple (respectivement en 1848 et en 1849-1850).

L’émergence du Second Empire change la donne : Victor Schoelcher est contraint à un exil de dix-neuf ans à Londres. Il retourné alors à ses premiers amours : l’art, plus particulièrement la musique. Entre 1852 et 1870, il devient un spécialiste incontesté de l'oeuvre du compositeur Georg Friedrich Händel dont il constitue une collection de manuscrits inestimable.
A son retour à Paris, il est nommé colonel d’artillerie de la Garde nationale pendant la guerre franco-allemande. Réélu en 1871 comme parlementaire colonial, il devient sénateur inamovible en 1875. C’est l’heure de la reconnaissance, bientôt celle de la postérité.

Témoignages pour l’histoire
Auteur de nombreux ouvrages et articles sur les colonies françaises et étrangères, il publie notamment Colonies françaises - Abolition immédiate de l’esclavage, Colonies étrangères et Haïti, Histoire de l’esclavage pendant les deux dernières années. En 1857 paraît à Londres une Vie de Haendel, compositeur dont il donne à la Bibliothèque du Conservatoire de Paris (actuel Département de la Musique de la B.n.F.) l’exceptionnelle collection de manuscrits qu’il a réunie. En 1889, son dernier ouvrage est consacré à une Vie de Toussaint Louverture, pour le centenaire de la Révolution française. Il offre à de nombreux organismes des collections de livres et d’oeuvres d’art, permettant notamment l’ouverture d’un musée à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe) et d’une bibliothèque à Fort-de-France (Martinique) qui portent son nom.
Schoelcher meurt à Houilles (Yvelines) le 25 décembre 1893. Il est transféré au Panthéon le 20 mai 1949.