Le circuit des listings accusateurs de l'affaire Clearstream

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Un proche de M. de Villepin, Jean-Louis "Gergorin a sorti de sa poche intérieure de veste un papier" correspondant aux fameux listings. Actuel vice-président exécutif du groupe européen EADS, M. Gergorin a été soupçonné d'être le corbeau, ce qu'il a toujours nié.
Un proche de M. de Villepin, Jean-Louis "Gergorin a sorti de sa poche intérieure de veste un papier" correspondant aux fameux listings. Actuel vice-président exécutif du groupe européen EADS, M. Gergorin a été soupçonné d'être le corbeau, ce qu'il a toujours nié. —

Le général Philippe Rondot a expliqué aux juges, dans sa déposition publiée par le Monde, avoir pris connaissance d'un listing de Clearstream mettant faussement en cause de nombreuses personnalités en novembre 2003, six mois avant que le "corbeau" n'adresse son premier courrier à la justice. Retour sur un circuit complexe

Début 2003

Le journaliste Denis Robert, qui enquête sur des opérations financières illégales  au sein de Clearstream, remet un listing de noms de personnes censées être impliquées à Imad Lahoud,  informaticien qui travaille au renseignement. Selon Denis Robert, Imad Lahoud se serait présenté comme victime du système de dissimulation de transactions mis en place par Clearstream. "Ce n'est qu'un an plus tard que j'ai appris qu'il travaillait pour la DGSE", affirme aujourd'hui le journaliste.

Novembre 2003


Jean-Louis Gergorin (vice-président d'EADS) aurait remis au général Philippe Rondot, selon le témoignage de l'officier, un listing informatisé comportant des noms, des numéros de comptes et mouvements de fonds. Les noms de personnalité politiques, Sarkozy (appelé Bocsa et Nagy), Rocard, Strauss-Kahn, Fabius ainsi que Madelin, apparaissent sur la liste des bénéficiaires. Gergorin explique que le listing provient de la pénétration du système informatique de Clearstream par l'informaticien Imad Lahoud.

Janvier 2004

Convoqué par Dominique de Villepin, alors ministre des Affaires étrangères, le 9 janvier au quai d'Orsay, le général Rondot a la surprise d'y retrouver M. Gergorin qui, dit-il, sort le fameux listing de sa poche. Le général explique que M. de Villepin lui fait part d'instructions du président de la République lui demandant de vérifier la validité de cette liste de comptes pour savoir si les personnalités citées possédaient un compte chez Clearstream. Philippe Rondot demande à Imad Lahoud de poursuivre la pénétration des fichiers de Clearstream. A deux reprises l'informaticien opère en sa présence: "Je l'ai vu mettre des codes et j'ai vu des listes apparaître sur l'écran avec des noms déjà apparus dans les listings précédents". Convaincu des capacités de Lahoud, il doute en revanche du contenu des fichiers. Le général effectue de son côté des vérifications auprès de banques qui le convainquent que les comptes imputés aux personnalités n'existent pas.

Avril et mai 2004

Philippe Rondot fait part de ses doutes sur la crédibilité des listings à M. de Villepin et Michèle Alliot-Marie. Le corbeau adresse le 3 mai un premier courrier au juge Renaud van Ruymbeke qui instruit le dossier des frégates de Taïwan où il dénonce des personnalités du monde des affaires qui auraient perçu de fortes sommes d'argent via la société Clearstream. Le juge reçoit également du "corbeau" un cédérom contenant une liste de 16.121 comptes bancaires ouverts chez Clearstream à la date du premier trimestre 2000.
Quelques jours plus tard, le magistrat reçoit un nouveau courrier accompagné d'un listing de 19 pages de comptes de personnalités en vue, supposées détenir elles aussi des comptes occultes chez Clearstream. Au total, 895 comptes sont recensés et 57 personnalités citées dont des politiques comme Nicolas Sarkozy.