Clearstream : les réactions du monde politique

— 

Le gouvernement a validé jeudi l'avant-projet de loi de Nicolas Sarkozy sur une immigration "choisie" ou une immigration du travail, un dossier sensible dont Dominique de Villepin n'entend pas laisser le pilotage à son seul ministre de l'Intérieur.
Le gouvernement a validé jeudi l'avant-projet de loi de Nicolas Sarkozy sur une immigration "choisie" ou une immigration du travail, un dossier sensible dont Dominique de Villepin n'entend pas laisser le pilotage à son seul ministre de l'Intérieur. —

 Ligue Communiste Révolutionnaire

Le parti d’Olivier Besancenot a déclaré qu’il « est grand temps de changer de régime » et qu’il « est décidément urgent que ces gouvernants discrédités et illégitimes cèdent la place ». « La Ve République est née d'un coup d'Etat, elle se disloque à présent dans un climat de scandales de corruption et de coups tordus en série », estime-t-elle. Jacques Chirac, Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy « n'ont cessé d'être sanctionnés par la rue et par les urnes » et « voilà à présent que sont révélés leurs moeurs politiques et les règlements de comptes qui les opposent », ajoute-t-elle.

Marie-George Buffet

La secrétaire nationale du PCF a estimé qu'il y avait « des hommes qui sont devenus dangereux à la tête de l'Etat » et que l'affaire Clearstream constituait « une crise de régime très grave ». Qualifiant cette affaire de « lamentable pour la France, pour son image », elle a fustigé Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy, des « hommes qui se battent » dans la perspective de la présidentielle de 2007. « C'est une affaire complètement glauque » qui conduit à « une crise de régime très grave », a-t-elle poursuivi, en souhaitant que « la justice passe ». Pour elle, les « institutions sont malades de la faute des responsables de la droite ».

François Hollande

Le numéro un du PS a estimé que c'était « tout le système du président Jacques Chirac qui se délitait » en jugeant que le chef de l'Etat « se devait d'agir ». Jacques Chirac « ne peut pas laisser l'Etat dans cet état », a-t-il ajouté. Pour lui, « ne rien dire, ne rien faire serait la pire des attitudes ». « C'est son règne qui finit dans l'agonie, c'est à lui d'en écrire la dernière page », a-t-il poursuivi, estimant que le président de la République « ne peut pas laisser la France ainsi avec un Etat discrédité, une majorité divisée, un Premier ministre sans la moindre autorité et un ministre de l'Intérieur dont on ne sait s'il est le manipulé ou le manipulateur ».

Julien Dray

Le porte-parole du PS a demandé « solennellement » à Jacques Chirac de « prendre ses responsabilités » et de « prendre la mesure de ce qui se passe ». « Peut-être doit-il se séparer tout de suite de son Premier ministre. Peut être doit-il envisager de nouvelles échéances électorales? », s'est-il interrogé, tout en affirmant faire preuve de « prudence ». « En démocratie en général, la seule manière de s'en sortir c'est de demander la parole au peuple », a-t-il ajouté, estimant qu'il fallait trouver des solutions rapides à une « situation qui ne peut plus durer et qui met en péril l'autorité de notre pays à l'échelle de la planète et l'autorité des institutions de l'ensemble de notre pays ». Selon lui, « on est dans un monde où cela va vite » et on a le sentiment avec ce président qu'il « est déconnecté, il donne le sentiment de vivre dans un autre monde ».

Ségolène Royal

La présidente socialiste de Poitou-Charentes a déclaré qu’il « faut retrouver le sens des valeurs morales au plus haut sommet de l'Etat car l'exemple vient d'en haut ». « La principale voie de l'éducation, c'est l'exemple », a-t-elle ajouté, estimant que Clearstream serait « un enjeu considérable de l'élection présidentielle ». « Assez de ces fossés, de ces grands écarts entre le discours et les actes », a-t-elle poursuivi. Selon elle, « le pouvoir est une corruption lorsqu'il ne sait plus à quel titre il est exercé, au service de qui il doit être mis, au nom de quelle valeur il est exercé ». « A ce moment là, le pouvoir détruit ».
Elle a pris également la défense du général Philippe Rondot en s'insurgeant de « sa mise en cause par des mensonges d'Etat au plus haut niveau ».

Henri Emmanuelli

Le député des Landes a demandé à Jacques Chirac de « prendre ses responsabilités, d'agir vite et de nommer un nouveau gouvernement », estimant que « le spectacle donné ne peut pas durer ». Il a réaffirmé penser qu'il n'était « pas possible que le Premier ministre reste en fonction ». « Il faudrait agir vite », a-t-il insisté, en s'interrogeant sur ce que sera « l'ambiance » à l'Assemblée nationale lors des questions au gouvernement, avec sur le même banc « Dominique de Villepin, Nicolas Sarkozy et la ministre de la Défense ». « Imaginez l'ambiance! La France n'a pas besoin de cela », a-t-il lancé. Interrogé sur le possible successeur de Villepin à Matignon, il a répondu que la tradition était de « nommer le responsable du parti majoritaire », c'est-à-dire Nicolas Sarkozy. Il a fait valoir que « les socialistes ne voulaient pas donner le sentiment qu'ils utilisent la situation ». « Et en même temps, a-t-il poursuivi, nous n'y sommes pour rien dans ces histoires qui se sont nouées entre eux ». « Nous ne sommes pas à la recherche d'une opportunité de hâter des échéances ou d'exploiter des circonstances », a-t-il ajouté avant de vilipender des « institutions à bout de souffle ».

Michel Charasse

Le sénateur socialiste a dénoncé l'exploitation de lettres anonymes par la justice pour ouvrir des procédures judiciaires : « Voilà ce qui arrive quand on utilise des lettres anonymes, comme sous le régime de Vichy et sous les dictatures ».

Dominique Strauss-Kahn

L'ancien ministre PS des Finances a dénoncé une « sorte de Watergate à la française », estimant qu'il fallait « sortir vite » de la situation créée par l'affaire Clearstream. Il a dit attendre des « décisions dans les jours qui viennent parce que c'est l'intérêt de la France qu'on sorte le plus vite possible de cette situation totalement déliquescente ». « La France ne peut pas rester le seul pays au monde qui est une démocratie dans lequel une situation de cette nature existe sans qu'aucune traduction politique soit prise », a ajouté le responsable socialiste, qui a fait part d'une « sorte d'écoeurement vis-à-vis de la situation ». Il a évoqué le « trio infernal qui dirige le pays » et « abîme le pays », estimant que « la fin de mandat » de Jacques Chirac était « désastreuse ». « Le débat démocratique dans un parti, c'est normal. Mais ce que nous constatons aujourd'hui à la tête de l'Etat, c'est quelque chose de totalement inadmissible », a-t-il ajouté.

Arnaud Montebourg

Le député PS de Saône-et-Loire a évoqué « un dégoût national ». « Nous avons la preuve qu'un cabinet noir au plus haut niveau de l'Etat, des officines de coups tordus sont à l'oeuvre, la démonstration que les services de renseignements, DST et DGSE, ont été instrumentalisés à des fins de règlements de comptes claniques et partisans », a-t-il déclaré. Selon lui, « c'est toute l'équipe gouvernementale qui est mise en cause, M. Sarkozy, Mme Alliot-Marie, Jacques Chirac et Dominique de Villepin, qui utilisent les fonctions régaliennes les plus vitales de l'Etat à des fins personnelles ».
Soulignant que « la justice était sur le point de demander à M. de Villepin de se rendre devant elle », le député socialiste a ironisé sur un Conseil des ministres où l'on verrait « M. Sarkozy qui a porté plainte contre X et le X pourrait être le Premier ministre avec le soutien du ministre de la Défense et du président de la République ». « Tant que le système permettra ce type d'abus, les Français ne pourront pas avoir confiance dans leur démocratie », a-t-il conclu.

Vincent Peillon

Le député socialiste européen a estimé que Dominique de Villepin devrait « s'en aller ». « Le Premier ministre, qui voulait s'inscrire dans la tradition gaulliste, aurait déjà du démissionner depuis longtemps et pour d'autres raisons », a-t-il encore déclaré. « Aujourd'hui, alors qu'il est pris dans une affaire judiciaire d'une telle gravité, (...) alors qu'il est mis de toute façon au dossier des juges et donc qu'il y a un soupçon, comment penser à son intégrité, aimer la France, vouloir l'incarner et en même temps vouloir continuer » à gouverner le pays, s’est-il interrogé. « Là, on voit un clan qui s'accroche au pouvoir, c'est détestable », a-t-il jugé.

Martine Aubry

La maire de Lille a déclaré que « les Français demandent la clarté et la transparence ». « Comment peut-on en arriver là pour des ambitions personnelles, c'est catastrophique. Alors que la France a des atouts considérables, nous sommes face à un pouvoir qui détruit l'image de la France, c'est épouvantable. Il faut y voir clair. Qu'un président de la République ait pu laisser faire cela, que nous soyons (...) dans un combat affligeant entre un Premier ministre et un ministre de l'Intérieur avec des faux, des services secrets au milieu (...) c'est affligeant pour notre pays. Trouvez-vous normal qu'un Premier ministre et un ministre de l'Intérieur s'attaquent mutuellement? », s’est-elle interrogée.

François Bayrou

Le leader de l’UDF a jugé que la situation de l'exécutif était « intenable ». « Il y a une haine inextinguible au sommet de l'Etat entre le numéro un et le numéro deux du gouvernement, avec le président de la République comme sommet de ce triangle », a-t-il déclaré. « Il y a une haine si forte qu'elle entraîne aujourd'hui des perquisitions, des accusations, des auditions par des juges, tout ça sur plainte du numéro deux du gouvernement et il y a beaucoup plus grave encore, l'accusation que des services de l'Etat, des services secrets, ont été engagés dans cette affaire », a-t-il poursuivi.

Jean-Louis Bourlanges

Le député européen UDF a qualifié la défense de Dominique de Villepin d' « idiotie abyssale ». « Si les allégations portées contre tel ou tel membre de son gouvernement lui semblaient crédibles, il avait, en tant que chef du gouvernement, non seulement le droit mais le devoir de faire enquêter sur les personnes concernées », a-t-il déclaré. « Le fait qu'il s'en défende aujourd'hui avec une telle énergie signe l'entreprise de manipulation: Villepin n'ose pas avouer qu'il a fait enquêter sur Sarkozy précisément parce qu'il sait qu'il ne l'a fait que pour des raisons strictement politiciennes », a-t-il ajouté. « Il faut en finir avec les manipulations politico-judiciaires, avec la concentration des pouvoirs au sein d'une équipe qui ne représente qu'un Français sur cinq et avec l'omnipotence d'un président qui cumule les rôles d'arbitre, de chef du gouvernement et de chef de clan. C'est ce système-là qui craque de toute part. Et c'est sa réforme qui sera à l'ordre du jour de la prochaine élection présidentielle, quelle qu'en soit la date », a-t-il encore ajouté.

Michel Hunault

Le député UDF, rapporteur de la loi sur le blanchiment de mai 1996, a estimé que « l'éthique » devrait être « une exigence pour les élections de 2007, au moment où toute la classe politique et la démocratie française sont atteintes par l'affaire Clearstream ». Il considère que « l'affaire ne se limite pas à des dénonciations calomnieuses et doit, au-delà, inciter le gouvernement et le Parlement à intensifier la lutte contre le blanchiment ». Il attend donc que « le Premier ministre, Dominique de Villepin, s'engage devant la représentation nationale à transposer la troisième directive de l'Union européenne contre le blanchiment et la récente convention du Conseil de l'Europe contre le blanchiment, sachant que la deuxième directive de 2001, n'a toujours pas été transposée ». « Ces textes, poursuit-il, visent à assurer la traçabilité des mouvements financiers face aux nouvelles formes complexes de montages juridiques et financiers de blanchiment et de corruption ». Pour lui, « la France serait bien inspirée de donner ainsi un signal à ses partenaires européens ».

Hervé Morin

Le président du groupe UDF à l'Assemblée nationale a estimé que « dans une démocratie normale, il y aurait une élection présidentielle » anticipée. « La Vème République a été ainsi construite que c'est l'élection présidentielle qui fait tout, et d'autant plus avec le quinquennat sec. La question du changement du Premier ministre, cela n'existe pas », a-t-il poursuivi. « On n'en sortira que par une élection présidentielle », mais, a-t-il ajouté, « cela n'arrivera pas et cela continuera ainsi ». Il a reproché ainsi à Jacques Chirac de ne pas avoir une « attitude gaullienne » et de ne pas avoir « démissionné » au lendemain du non au référendum à la Constitution européenne. Il l'a critiqué également sur le manque de « respect de l'Etat de droit » avec la promulgation de la loi Egalité des chances assortie de la « suspension » de l'article instaurant le CPE.

Dominique Paillé

Le député sarkozyste a estimé que c'était « à Jacques Chirac de prendre les choses en main », ajoutant qu’il « faut qu'il fixe très rapidement un cap pour les dix à douze mois qui restent ». « Il faut » que le chef de l'Etat « donne aux Français des occasions de lui refaire confiance, qu'il prenne les choses en main aujourd'hui me semble une nécessité absolue », a-t-il estimé. Jacques Chirac « n'a plus que douze mois pour terminer son mandat. Qu'il se mette en première ligne. Les Français lui seront gré », a-t-il insisté. Jugeant que cette affaire conduisait « à une crise négative pour les institutions, les partis de gouvernement et la confiance des Français placée dans leurs dirigeants », il a émis la crainte que les Français « ne se réfugient dans cette opacité dans un vote extrême l'année prochaine ». « Si cette affaire perdure, cela ne bénéficiera ni à l'opposition socialiste ni aux autres partis de la droite que l'UMP -je pense à l'UDF- mais à l'ensemble des partis extrémistes », a-t-il dit, avant de se prononcer en faveur d’une commission d’enquête sur le « fonctionnement des services secrets ». « Nous sommes une des rares démocraties à ne pas contrôler de manière efficace les services secrets. C'est au Parlement de (les) contrôler (...) comme cela se fait chez nos grands voisins », a-t-il conclu.

Nicolas Dupont-Aignan

Le député UMP de l'Essonne s'est dit « écoeuré par les règlements de compte au sommet de l'Etat ». « Allons-nous vivre encore un an dans ce climat nauséabond, qui nous éloigne des vrais problèmes du pays? Comment le gouvernement peut-il travailler dans cette ambiance délétère? », s'est-il demandé. Il a estimé que « dans l'attente des résultats de l'enquête judiciaire sur l'affaire Clearstream, il appartient au président de la République de remettre vite de l'ordre dans son gouvernement si l'on veut éviter le suicide collectif de la majorité et plus largement de la République ».

Jean-Marie Le Pen

Le président du FN a déclaré : « Ca me paraît être une grosse bulle d'air. (...) Je ne vois pas ce qu'il y a de monstrueux dans cette affaire ». Il a expliqué qu'il ne lui paraissait « pas scandaleux » qu'un Premier ministre ordonne une enquête sur un autre membre du gouvernement, sauf s'il s'agit « d'impliquer de façon calomnieuse » celui-ci. « Je ne demande pas la démission de M. Villepin », a-t-il ajouté, en souhaitant que le gouvernement « aille jusqu'au bout » de la législature. « M. de Villepin est somme toute, dans les différentes crises qui se sont succédé, celui qui relativement a tenu le plus dignement le rôle qui est censé être le sien », a-t-il affirmé.
Il a estimé que l'affaire Clearstream était « peut-être une opération de diversion ». « J'ai toujours l'impression que ce sont des fumigènes: pendant qu'on parle de cela, on occulte les responsabilités écrasantes de la classe politique dans ce qui arrive à la France », a-t-il dit.

Marine Le Pen

La vice-présidente du parti frontiste a estimé qu'il n'était « pas impossible que la ruine du système entraîne des élections anticipées ». « En tout cas, nous nous y préparons », a-t-elle ajouté.