Le retour en force du nucléaire civil

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Le Sénat a adopté mercredi soir le projet de loi sur la transparence et la sécurité en matière nucléaire, qui vise à combler un vide juridique concernant les activités utilisant des matériaux fissiles.
Le Sénat a adopté mercredi soir le projet de loi sur la transparence et la sécurité en matière nucléaire, qui vise à combler un vide juridique concernant les activités utilisant des matériaux fissiles. —

On le croyait en repli depuis la catastrophe de Tchernobyl. Il n'en est rien. Le nucléaire civil ne s'est jamais aussi bien porté. En Asie, tout d'abord. La Chine, dont la croissance a atteint 10,2 % au premier trimestre, va construire trente-deux nouvelles centrales d'ici à 2020. Le Japon projette d'en bâtir cinq d'ici à 2010 et l'Inde espère tripler sa capacité dans les six ans. Aux Etats-Unis, le nucléaire revient également en force. Washington, qui a plaidé en mars au sommet du G8 pour un partenariat mondial en la matière, a donné le feu vert pour de nouveaux réacteurs. En revanche, l'Europe reste en retrait. Seules la France et la Finlande ont lancé la construction de centrales nouvelle génération.

Pourquoi un tel regain d'intérêt partout ailleurs ? Les Etats y voient une alternative aux hydrocarbures – dont les ressources se tarissent – et à la flambée des prix du pétrole. C'est aussi le moyen de renforcer leur indépendance énergétique vis-à-vis de la Russsie. Les Européens n'ont pas oublié l'électrochoc de cet hiver, quand le géant russe Gazprom leur a brièvement coupé les vannes de gaz faute d'un accord tarifaire avec l'Ukraine. Autre avantage du nucléaire d'après ses défenseurs : l'absence de rejet de CO2, cause nº 1 du réchauffement climatique.

Pas de quoi convaincre le réseau Sortir du nucléaire. « Le vieillissement du parc nucléaire mondial » risque de provoquer de « nouveaux Tchernobyl », affirme Stéphane L'homme, porte-parole de l'association, favorable aux énergies renouvelables (2 % de l'énergie mondiale). Deux obstacles au développement du nucléaire civil subsistent, selon l'AIEA : une opinion publique réticente et un coût exorbitant – trois milliards d'euros pour construire une nouvelle centrale.

Faustine Vincent

On compte actuellement 440 réacteurs nucléaires civils répartis dans 31 pays. Ils fournissent 17 % de l'électricité mondiale (33 % en Europe), et 6 % toutes énergies confondues, selon l'AIEA (l'Agence internationale de l'énergie atomique).