Tchernobyl : chronologie de la gestion de la crise par les autorités

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Le 26 avril 1986, le réacteur numéro quatre de la centrale atomique ukrainienne de Tchernobyl, située à une centaine de kilomètres de Kiev, fierté de l'industrie soviétique, explosait, libérant un nuage hautement radioactif, qui contamina une grande partie de l'Europe, avant tout l'Ukraine, le Bélarus et la Russie.
Le 26 avril 1986, le réacteur numéro quatre de la centrale atomique ukrainienne de Tchernobyl, située à une centaine de kilomètres de Kiev, fierté de l'industrie soviétique, explosait, libérant un nuage hautement radioactif, qui contamina une grande partie de l'Europe, avant tout l'Ukraine, le Bélarus et la Russie. —
1986

26 avril : à 1h23 du matin, le réacteur numéro 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl, en URSS (actuellement en Ukraine), explose au cours d’une phase de vérification des systèmes de sécurité. La conception du réacteur et une accumulation d’erreurs techniques semblent être à l’origine de cet accident majeur.

27 avril : les habitants de la ville la plus proche, Pripyat, sont évacués, bientôt suivis par les 100 000 habitants de la région alentour.

28 avril : la Suède alerte la communauté internationale en enregistrant une forte hausse de la radioactivité sur son territoire.

29 avril : le nuage radioactif de Tchernobyl arrive en France.

30 avril : Pierre Pellerin, à la tête du SCPRI (Service central de protection contre les rayons ionisants) prétend qu’"aucune élévation significative de la radioactivité n’a été constatée".

1er mai : le défilé soviétique annuel est maintenu à Kiev, en Ukraine.

2 mai : différentes mesures, en particulier concernant l’alimentation, sont prises dans de nombreux pays européens (Pologne, Danemark, Norvège, Finlande, Suède, Royaume-Uni, Pays-Bas, Allemagne, Autriche, Italie, Grèce etc.). L’Italie met aussi en place un contrôle de contamination à ses frontières, dans le but évident de refouler les produits contaminés venant de France où aucune mesure n’a été décidée.

6 mai : le ministère français de l’Agriculture diffuse un communiqué : "Le territoire français, en raison de son éloignement, a été totalement épargné par les retombées de radionucléides consécutives à l’accident de la centrale de Tchernobyl".

8 mai : une note confidentielle du ministère des affaires étrangères pour Matignon explique que la France a "obtenu un adoucissement des mesures de contrôle" envisagées par Bruxelles et "surtout que les contrôles de radiation soient faits dans les pays exportateurs et non dans les pays importateurs".

10 mai : au journal télévisé de TF1, Pierre Pellerin reconnaît que les mesures de radioactivité étaient anormales dès le 30 avril. Mais continue d’affirmer qu’aucune mesure particulière n’était nécessaire.

14 mai : Le numéro 1 soviétique Mikhail Gorbatchev reconnaît l’ampleur de la catastrophe dans une allocution télévisée.

15 mai : fondation de la Criirad (Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité) par des citoyens qui dénoncent l’absence de contrôles indépendants.

16 mai : réunion de crise au ministère de l’Intérieur. La présence de plus de 10 000 becquerels par litre dans du lait de brebis en Corse n’entraîne aucune décision du gouvernement alors que la réglementation européenne préconise de retirer de la consommation tout produit alimentaire contenant plus de 500 bq/l. Un documents est annoté à la main : "Nous avons des chiffres qui ne peuvent être diffusés". Ce document sera saisi par la justice lors d’une perquisition en 2001

18 mai : Alain Carignon, ministre français de l’Environnement, déclare que le gouvernement a "commis l’erreur de croire que, parce qu’il n’y avait pas de danger, il n’était pas nécessaire d’informer fortement les Françaises et les Français".

Juin : la construction du sarcophage du réacteur numéro 4 est achevée. Ce bouclier est censé isoler le réacteur et empêcher toute nouvelle fuite radioactive.

1987

16 février : lors d’une réunion à Bruxelles des ministres des affaires étrangères de l’Union européenne, la France refuse que soit prorogé le règlement européen sur la radioactivité maximale des aliments acceptable en cas d’accident nucléaire, adopté en toute urgence après Tchernobyl.

1990 : Les médecins constatent une augmentation des cancers de la thyroïde chez les enfants de moins de 15 ans en Biélorussie puis en Ukraine.
11 octobre : le réacteur numéro 2 est mis hors d’état de marche après un incendie.

Décembre 1991 : l’Ukraine devient indépendante.

Juillet 1992 : la réunion du G7 à Munich définit les axes d’assistance aux pays de l’Est en matière de sécurité nucléaire.

Juillet 1994 : au sommet de Naples, le G7 propose une aide de 200 millions de dollars, qui s’ajoutent aux 500 millions d’écus déjà promis par l’Union européenne en échange de la fermeture définitive de la centrale. Fermeture du réacteur numéro 4.
Le SCPRI change de nom et devient l’Office de protection contre les rayonnements ionisants (Opri).

1995

Mars : le groupement Alliance recommande de réparer le sarcophage du réacteur numéro 4. Montant estimé des travaux de réfection : 1,5 milliard de dollars.

Juin: Kiev réclame 4 milliards de dollars pour fermer Tchernobyl, à comparer aux 885 millions de dollars proposés par les pays du G7.

Décembre: signature d’un accord entre l’Ukraine et le G7 à Ottawa. Pour 3,1 milliards de dollars, l’Ukraine s‘engage à fermer sa centrale nucléaire avant l’an 2000.

1997 : L’Institut pour la protection et la sûreté nucléaire révèle qu’entre 1986 et 1997, 1800 cas de cancers de la thyroïde, chez des enfants de moins de 18 ans, sont directement imputables à l’accident nucléaire.

1999

Janvier :
le réacteur numéro 3 est arrêté trois mois pour des réparations sur le réseau de tuyauteries innervant le réacteur, puis à nouveau mis hors service pour travaux jusqu’en décembre.

17 février : création de l’Association française des malades de la thyroïde (AFMT)

Avril : la Banque européenne pour la recherche et le développement réaffirme son souhait de voir la totalité des réacteurs de la centrale hors d’usage.

2000

Mars :
l’Ukraine annonce que la centrale de Tchernobyl fermera le 15 décembre 2000, 23 ans après sa mise en service.

15 décembre : fermeture de la centrale.

2001

1er mars : l'AFMT, la Criirad et 51 malades de la thyroïde déposent une plainte contre X, estimant que la gestion des retombées radioactives de Tchernobyl par les autorités françaises était à l’origine d’un surcroît de pathologies, en particulier de cancers de la thyroïde.

Novembre 2001 : perquisitions menées par la juge d’instruction Bertella-Geffroy dans différents ministères et organismes français chargés du risque nucléaire.

2002

24 février : la Criirad et le géologue André Paris publient un atlas qui révèle de façon détaillée la contamination du territoire français par le nuage de Tchernobyl et accusent les autorités françaises d'avoir caché la vérité à la population.

26 février : sous pression, le gouvernement français crée un groupe de travail sur les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl sur le territoire français. Il en confie la présidence à André Aurengo, chef du service de médecine nucléaire de la Pitié-Salpétrière et membre… du Conseil d’administration d’EDF.

28 février : la juge Bertella-Geffroy demande une expertise comparative entre les mesures de radioactivité effectuées par les autorités françaises en 1986 et les chiffres publiés.

25 avril : l'AFMT et la Criirad accompagnent 200 nouveaux plaignants, ce qui porte le nombre de plaintes à 400.

2005

25 mars : la juge d'instruction Marie-Odile Bertella-Geffroy communique aux parties civiles le rapport qui vient de lui être remis par deux experts, Paul Genty et Gilbert Mouthon. Les conclusions sont accablantes pour le gouvernement français de l'époque (le 1er ministre était Jacques Chirac ; le porte-parole du gouvernement était Alain Juppé) et pour le SCPRI. Il n'y a pas eu "erreur" de la part de ces autorités, mais bien un mensonge délibéré.

13 avril : la Criirad demande la mise en examen de Pierre Pellerin

Septembre : Un rapport de l'ONU ramène à 4 000 le nombre de personnes qui seraient décédées des suites de l’accident nucléaire. Un bilan décrié par les associations de victimes et notamment par l'organisation internationale "Médecins pour la prévention de la guerre nucléaire" (IPPNW).

2006

15 et 16 avril : à quelques jours des 20 ans de Tchernobyl, le Réseau "Sortir du nucléaire" organise un rassemblement géant à proximité de Flamanville (Manche), site où un réacteur nucléaire (l'EPR) doit voir le jour.