Il n'y a pas d'avion sans elleAnnoncer les départs aux proches, une mission souvent compliquée

Lauren Horky

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Pascale M. a bien fait de ne jamais abandonner sa passion pour l'aéronautique. Mécanicienne avionique depuis presque vingt ans, elle exerce aujourd'hui ses talents sur Rafale, fleuron militaire français.
Pascale M. a bien fait de ne jamais abandonner sa passion pour l'aéronautique. Mécanicienne avionique depuis presque vingt ans, elle exerce aujourd'hui ses talents sur Rafale, fleuron militaire français. —

Si elle n'est pas aussi branchée et féminine qu'une icône de magazine, elle revendique son statut de femme comme les autres. « Ce n'est pas parce que j'exerce un métier d'hommes que je me comporte comme tel à la maison, avertit la sergent-chef Pascale M., mécanicienne avionique depuis presque deux décennies. Quand on me rencontre, les gens ont même du mal à imaginer que je puisse exercer ce métier. Je me maquille, je lâche mes cheveux, j'essaye de m'habiller joliment… »

« Du bon sens et de l'imagination »
Garçon manqué, elle l'a été. Plus jeune... Préférant passer son temps avec ses cousins dans le cambouis plutôt qu'avec ses poupées. D'où l'évidence de son choix de carrière : elle serait mécanicienne. Qu'importe les préjugés. Son père étant un féru d'aéronautique, elle se laisse tenter à 20 ans par l'armée de l'air. Et se souvient comme si c'était hier de ses débuts compliqués. « A l'époque, il n'y avait que très peu de femmes, surtout en tant que mécanicienne. La mentalité des hommes était assez dure, ils n'acceptaient pas qu'une femme puisse exercer un “métier d'homme”. »
Malgré les quolibets de certains collègues machos, Pascale s'accroche à son rêve, consciente de devoir en faire encore plus. « Même si je n'avais pas les mêmes capacités physiques, je savais que je m'en sortirais toujours. Il suffisait de faire preuve d'un peu de bon sens et d'imagination. Il y avait toujours une solution. A force de faire mes preuves, j'ai fini par m'imposer. »
Quinze ans plus tard, les mentalités vis-à-vis des femmes ont changé, et Pascale ne fait plus figure d'exception. « Aujourd'hui je suis sergent-chef et j'ai suivi le même parcours qu'aurait suivi un homme, dans la moyenne. » Voire légèrement au-dessus, puisqu'elle exerce ses talents sur Rafale, le fleuron de l'aéronautique française… Sa fierté.Sous le calot bleu, le sourire est plein d'allant, et le caractère en acier trempé. Affamée, la sergent Cindy V. l'est aussi sans nul doute. Depuis qu'elle a intégré le groupe de télécommunications (GT) 10/800 d'Orléans, le sous-officier aligne les missions et les séjours prolongés à l'extérieur de la base : Afrique, Europe, Moyen-Orient. Pour peu, le retour en garnison deviendrait presque une étape entre deux départs. Dans ces moments de calme, la spécialiste en informatique prend soin du matériel et met à jour ses compétences d'administratrice réseau.
En ce moment, la sergent jouit d'un repos mérité dans la maison qu'elle partage avec son conjoint, près de la base orléanaise. Le couple « se voit peu, se croise souvent », sans paraître en pâtir. Annoncer les départs en mission aux parents est un problème autrement épineux. « Il y a des destinations qu'on préfère taire. » L'Afghanistan par exemple, où elle restée cinq mois en 2008. Pour ne pas inquiéter ses proches, par une omission ou une pirouette, la militaire se retranche derrière sa fonction. « Je pars en mission », fin de la discussion. Fonder une famille, à 28 ans, l'idée fait son chemin. La jeune femme se dit prête à accepter des compromis, pas à tirer un trait sur sa carrière. « Je n'aurai sans doute plus envie de m'éloigner aussi longtemps. Mais je veux être une mère et une femme épanouie qui fait un travail qu'elle aime. » La décision a tout l'air d'une mission : « On ne se change pas. »R. G.

Le taux de féminisation frôle les 20 %

En 2010, l'armée de l'air française comptait 11 219 femmes, soit 21,4 % des effectifs, contre 8 395 en 2000. Moins représentées chez les pilotes (6 %) et dans les métiers techniques tels que la maintenance aéronautique, elles le sont davantage dans le corps des bases : administration et gestion des ressources humaines, contrôle aérien ou renseignement.