« on est partis de loin, sans moyens »

recueilli par jeremy goujon

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Stéphane Heulot avait porté le maillot jaune du Tour de France en 1996, au sortir de l'étape Soissons-Lac de Madine.
Stéphane Heulot avait porté le maillot jaune du Tour de France en 1996, au sortir de l'étape Soissons-Lac de Madine. —

Quinze ans après ses exploits sur les routes du Tour de France, l'ancien champion de France Stéphane Heulot estime positive l'évolution de son sport.

A deux jours du départ, dans quel état d'esprit vous sentez-vous ?
La bascule s'est faite dimanche soir. Je n'étais pas bien dans ma peau, en raison des choix à faire concernant la composition d'équipe. J'ai beaucoup cogité, car je ne peux concevoir de relations humaines sans la notion d'affectif. Là, je suis détendu, en paix avec moi-même. C'est comme lorsque je faisais le Tour : je n'ai oublié aucun détail. Avec les gars, nous avons hâte de vivre cette aventure, la plus intensément possible.
Cela vous fait quoi de revenir
sur la Grande Boucle ?
On me pose souvent cette question, et plus j'avance dans mes réponses, plus la sensation est bizarre. Quand j'ai arrêté fin 2002, j'étais non pas aigri, mais désabusé. Je n'étais plus en phase avec le vélo, je pensais qu'on ne s'en sortirait jamais. Malgré moi, j'ai alors œuvré dans un centre de formation, au sein d'une équipe dirigée par mon père [basée à Noyal-Châtillon] depuis une trentaine d'années. Depuis, je mesure le chemin parcouru. Avec d'autres anciens coureurs (Xavier Jan, Lylian Lebreton), on est partis de très loin, sans moyens, juste avec notre savoir, notre expérience, notre envie. Rien ne nous faisait peur, on voulait se réconcilier avec le cyclisme. Ça a engendré beaucoup de sacrifices, des personnes proches en ont souffert. Mais au moins, je peux dire que ça a servi à quelque chose. C'est une satisfaction intérieure.
Quel regard portez-vous désormais sur le monde du cyclisme ?
Je suis davantage en phase avec lui, mais je ne suis pas crédule non plus. Dans la volonté de défendre les coureurs, on passe moins pour un extraterrestre. En tant qu'employeur, je vois ce qu'ils acceptent, même s'ils n'ont pas le choix. Le flicage est permanent, à juste titre. Mais je ne sais pas si le grand public mesure bien la collaboration entre les équipes, les sponsors, les fédérations…
Saur-Sojasun avait été évincée du Tour 2010. Etes-vous revanchard ?
C'était une vraie déception, un sentiment d'injustice. Maintenant, si je devais en vouloir à tous ceux qui m'ont mis des bâtons dans les roues, il me faudrait une année entière. J'avance sans me soucier de la concurrence. Ça paraît égoïste, mais je suis heureux pour moi d'être au départ de ce Tour 2011.