si ce n'est Jean, c'est donc son frère Raoul

Stéphane Leblanc

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A gauche, les aplats de couleurs de Raoul Dufy en 1928, à droite, les damiers de son frère Jean en 1927.
A gauche, les aplats de couleurs de Raoul Dufy en 1928, à droite, les damiers de son frère Jean en 1927. —

La belle idée de réunir les œuvres de deux frères, artistiquement très proches, même si la postérité a privilégié l'aîné, Raoul, le mondain, l'extraverti, au détriment de son cadet, Jean, plus discret. Avant d'évoquer leurs années de complicité, l'expo du musée Marmottan débute par l'objet de leur dispute : La Fée électricité, fresque monumentale commandée à Raoul Dufy pour l'Exposition universelle de 1937. Les délais sont courts, Jean est appelé par son frère pour l'aider, mais ce dernier retire seul les bénéfices du succès. Raoul ne fait aucune allusion à leur collaboration. Jean ne le lui pardonnera jamais.

Un bleu vraiment bleu
Influencés tous deux par le fauvisme et le cubisme, leur style a toujours été proche, même si « chez Raoul, le bleu est vraiment bleu, comme le rappelle la commissaire Marianne Mathieu. Ses toiles se distinguent par des aplats de couleurs, quand Jean joue sur les perspectives en peignant des damiers. » C'est la première fois que les créations des deux frères sont ainsi confrontées. Les rassembler n'a pas été si facile. Car si Raoul, plus organisé, a pris soin d'assurer la postérité d'une œuvre bien répertoriée, son frère Jean l'a disséminée sans compter en la vendant au plus offrant, notamment aux Etats-Unis. La surprise arrive en fin du parcours : c'est après leur dispute mémorable, alors qu'ils ne se voient plus, que leurs tableaux vont commencer à se ressembler vraiment.