La possibilité du pire

Matthieu goar

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Hier, Günther Oettinger, commissaire européen à l'Energie a lâché : « On parle d'apocalypse et je crois que le mot est bien choisi. »
Hier, Günther Oettinger, commissaire européen à l'Energie a lâché : « On parle d'apocalypse et je crois que le mot est bien choisi. » —

Un palier a été franchi, hier, sur le site de la centrale de Fukushima. A une heure d'intervalle à peine, les bâtiments qui protègent les réacteurs n° 2 et n° 4 ont été sévèrement abîmés par une explosion et un incendie. Mais contrairement aux explosions des n° 1 et n° 3 qui avaient épargné les enceintes de confinement, une ou deux grandes brèches seraient apparues au niveau du réacteur n°4 où un incendie s'est déclaré hier soir. Et l'intégrité de l'enceinte du n° 2 inquiète. « Ce qu'il se passe sur le site laisse penser que de la radioactivité s'en échappe », explique André-Claude Lacoste, président de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Du combustible en fusion à l'air libre est le pire scénario envisagé depuis le début des événements. « La possibilité de nouvelles fuites radioactives se renforce », a admis le Premier ministre, Naoto Kan, dans une allocution au pays. Aussitôt connue, cette information a obligé les autorités à reconsidérer la gravité de la situation. L'ASN a estimé que l'accident atteint déjà le niveau 6 sur l'échelle de gravité internationale, qui en compte 7, le niveau atteint par Tchernobyl. « On parle d'apocalypse et je crois que le mot est bien choisi », a lâché Günther Oettinger, commissaire européen à l'Energie.

Et maintenant ?
Comme les réacteurs ont été arrêtés automatiquement au moment du séisme, le risque d'une explosion massive (type Tchernobyl) est exclu. L'urgence est donc de noyer les réacteurs pour ralentir et essayer de stopper les processus de fusion. Des opérations très compliquées qui demandent des masses d'eau phénoménales. Un réacteur en fusion consomme des dizaines de milliers de litres par seconde, sinon toute l'eau s'évapore immédiatement. Pour le moment, il est très difficile de savoir comment les équipes sur place acheminent l'eau de mer. Mais leurs moyens semblent insuffisants. Hier, les Japonais envisageaient de recourir à des hélicoptères. « Même s'ils y arrivent, le processus de refroidissement prendra au minimum des semaines », analyse Thomas Houdré, de la direction des centrales nucléaires de l'ASN. Seule bonne nouvelle : la météo. Depuis le début, les vents sont tournants mais restent en moyenne orientés vers le large. Ce qui pousse d'éventuelles particules radioactives loin des côtes.

Doses toxiques

Il resterait seulement une cinquantaine de travailleurs sur le site pour assurer les opérations nécessaires, 750 employés de la centrale ayant été évacués. « Les doses de radioactivité sur la zone sont sans doute très élevées. Même si les informations sont difficiles à obtenir, on peut parler de doses toxiques », détaille Agnès Buzyn, présidente de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire. « On se demande s'ils arrivent à trouver un nombre suffisant de volontaires », s'interroge André-Claude Lacoste, de l'ASN.