La france, risée du monde et des grenoblois

manuel pavard

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Pour les amateurs du Teisseire Football Club, le foot professionnel marche sur la tête.
Pour les amateurs du Teisseire Football Club, le foot professionnel marche sur la tête. —

« Une honte, une débâcle qui laissera des traces indélébiles » pour Mehdi Boultif, président du Teisseire Football Club. « On a atteint le paroxysme d'une logique mise en place depuis longtemps », affirme Michel Raspaud, sociologue du sport et professeur à l'Université Joseph Fourier. À Grenoble, les passionnés de football ne mâchent pas leurs mots sur la situation ubuesque de l'équipe de France en Afrique du Sud.
Insultes d'Anelka à l'encontre de

Domenech, exclusion de l'attaquant de Chelsea, altercation entre Evra et le préparateur physique Duverne, refus d'entraînement… Depuis la défaite face au Mexique jeudi, les Bleus s'enfoncent dans une crise apparemment sans fin.
« C'est l'échec d'une politique fédérale visant à recruter l'entraîneur à l'intérieur de la fédération, analyse Michel Raspaud. Cette équipe n'a plus de patron technique depuis le départ de Zidane. En plus, des individus placés dans une dynamique de groupe n'attachent aucune importance à ce qui se passe à l'extérieur, ils sont déconnectés du réel. »
Une séparation avec le public symbolisée par l'isolement des joueurs dans un « bunker » en Afrique du Sud. Cette coupure entre les Bleus et leurs supporters paraît en tout cas irréversible. « Je n'ai qu'une envie, c'est de leur dire : ‘‘Rentrez chez vous'', s'exclame Mehdi Boultif. Je suis vraiment écœuré quand j'entends Evra parler de la recherche du traître, ce gars devrait être exclu. » Le président du Teisseire Football Club se dit également choqué par l'affaire Anelka . « C'est hallucinant ! Chez nous les amateurs, c'est du jamais vu. On entend parfois des mots entre joueurs ou avec l'arbitre, mais un joueur qui insulte le président, il est viré direct ! » Pour lui, les coupables sont partout : Escalettes, Domenech, presque toute l'équipe. « Ils ne se rendent pas compte de la chance qu'ils ont de jouer une Coupe du monde. Je me dis que je n'ai vraiment pas de leçons à recevoir de ces gens-là, qui sont payés plusieurs millions d'euros. »
Une perception que tempère Michel Raspaud. « Les supporters se plaignent quand les résultats sont mauvais, mais personne n'a jamais remis en cause le salaire de Zidane. » L'universitaire s'insurge contre une vision idyllique du footballeur professionnel. « Ce sont des jeunes qui n'ont pas fait d'études, se retrouvent très tôt avec de l'argent et des belles bagnoles et qui sont donc coupés de la réalité. » Mais pour Medhi Boultif, le mal est profond : « Ceux qui vont en pâtir, ce sont les éducateurs. »