aux camarons, le cari est carrément bon

cédric couvez

— 

Les locaux vous le diront : « La Réunion, c'est le paradis des botanistes. » Véritable monde en miniature, la terre de l'île regorge de plantes et d'épices endémiques et l'océan Indien de poissons exotiques. De quoi réveiller les papilles et les casseroles. Après l'apéro au rhum arrangé nappé des traditionnels bouchons, samoussas ou nems épicés, la cuisine créole brille par ses plats de résistance, les fameux caris. Pour garder la ligne sur les belles plages de sable noir, laissez le cari poulet aux doux mois d'hiver et optez pour le cari de camarons (délicieuses crevettes élevées en bassins d'eau douce), à ne pas confondre avec son anagramme, les macarons, sinon c'est dégueulasse. Gageons que cette recette spéciale régime peut également s'appliquer à la légine, excellent poisson à la chair blanche et fondante. Aiguisez votre couteau, on envoie la sauce.

Un pavé dans la marmite
Première étape, décortiquez les camarons et n'oubliez surtout pas de vider le filet noir ventral sous peine de vous prendre une balle perdue de la part de vos invités. Les Réunionnais sont très à cheval sur ce petit détail. Une fois le nettoyage en profondeur effectué, passez aux légumes. Commencez par découper de fins morceaux de tomate, émincer les oignons et l'ail, puis râper le gingembre. Préparez également un zeste de combava, citron à l'écorce particulièrement parfumée. Plongez le tout dans une marmite tapissée d'huile d'arachide et faites mijoter à feu doux en y ajoutant une branche de thym, du curcuma en poudre et quelques piments verts, particulièrement conseillés pour faciliter la digestion. Remuez la mixture en y ajoutant un verre d'eau jusqu'à ce que la sauce soit suffisamment fondante. Il est enfin temps de plonger les camarons dans la marmite.
Laissez cuire à couvert les bestioles pendant huit minutes. Pour éviter que les camarons deviennent caoutchouteux, ne les laissez pas une minute de plus sur le feu. Mélangez l'ensemble et servez de petites quantités dans les assiettes. Pour accompagner ce cari, servez à côté une louche de riz blanc et une autre des célèbres « grains ». Historiquement, ces lentilles, haricots rouges ou pois du Cap, permettaient d'égayer les bols de riz lorsque la viande ou le poisson venaient à manquer.
Une fois le plat fin prêt à être dégusté, ne faites pas votre touriste en touillant le tout dans votre assiette. Pour respecter la tradition, mélangez à chaque bouchée les trois composantes du cari, le goût n'en sera que meilleur. Pour faire passer le tout, le Réunionnais fait l'impasse sur le vin qu'il remplace par une lampée de whisky, et ponctue le repas par une goulée de rhum. Après ça, place à la sieste.