la science fait bosser l'amoureux de la nature

anthony nataf

— 

Jouer les naturalistes tout en participant à la recherche scientifique, c'est l'objectif de l'opération de science participative baptisée Spipoll, qui est lancée aujourd'hui. Ce « suivi photographique des insectes pollinisateurs » a été élaboré par les scientifiques du Muséum national d'histoire naturelle, en partenariat avec l'Office pour les insectes et leur environnement (Opie), un organisme œuvrant pour la connaissance des insectes dans leur milieu naturel. L'opération est ouverte à tous, érudits comme novices. Un seul critère pour participer : posséder un appareil photo équipé d'un mode macro. Ensuite, il s'agit de sélectionner un groupe du même type de fleur dans son jardin, dans une forêt, en ville ou à la campagne, partout en France.

20 minutes d'observation
Puis, pendant une période référence de 20 minutes, les volontaires doivent photographier chaque insecte qui fréquente la fleur. « On peut observer jusqu'à 15 espèces différentes d'abeilles ou de mouches pendant ce laps de temps », explique Romain Julliard, enseignant-chercheur en macro-écologie au Muséum. Un protocole d'identification facilitera la reconnaissance des espèces avec des questions sur la taille des antennes ou encore l'aspect des ailes. Il faudra aussi relever le lieu, l'environnement ou la saison. Après identification, l'utilisateur pourra poster l'album de sa tranche d'observation sur le site Internet du Spipoll (www.spipoll.fr).
Pour les scientifiques, le travail des particuliers constituera une base de données importante. « Une observation à cette échelle est une première, personne d'autre ne pourrait le faire, note Romain Julliard. Cela va nous permettre de comprendre comment se distribuent les différents pollinisateurs dans les différents paysages. » Les chercheurs observent que, paradoxalement, les abeilles se portent mieux dans les villes qu'à la campagne, où les effets de l'agriculture intensive semblent faire baisser les populations. Mais il leur manque des données précises. Avec le Spipoll, les scientifiques vont étayer leurs observations. Un procédé similaire existe déjà pour les papillons et les escargots. Né en 2006, l'Observatoire des papillons des jardins, qui réunit 3 500 participants en France, permet de compter en moyenne 150 000 papillons par an. « Cela nous a par exemple aidés à déterminer que l'utilisation de produits chimiques réduit de moitié le nombre d'espèces observées », explique Mathilde Renard, de l'association Noé Conservation, qui gère le dispositif avec le Muséum.