Les serious games ou la pédagogie qui mêle l'utile à l'agréable

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   Pas facile de motiver les salariés à suivre une formation. Certains n'hésitent pas à sécher les stages offerts par leur patron, tandis que d'autres s'y rendent comme à l'abattoir, réduisant les chances d'en récolter quelques fruits. Cherchant la solution miracle, certains responsables formation se sont tournés vers les serious games. 

   Inspirés de l'univers des jeux videos, ces stages ludiques proposent à l'apprenant de s'immerger dans un univers 3D mêlant vidéos, images de BD, quiz, etc. Ces jeux simulant des situations de travail, l'apprenant se glisse dans la peau d'un personnage virtuel qui doit prendre des décisions entraînant la suite du scénario. A l'issue de chaque saynète, un débriefing de sa prestation lui permet de comprendre ses erreurs. 

   Bien implantés aux Etats-Unis, les serious games restent encore l'apanage des grands groupes en France. « Ils coûtent entre 50 000 et 300 000 euros, et sont donc utilisés pour former des milliers de salariés d'une même entreprise », souligne Yves Leheurteux, responsable des projets e-learning sur mesure chez Demos. 

   Total a ainsi commandé un serious game pour permettre à tous ses agents de stations-service européennes de réviser les fondamentaux de leur métier. D'autres jeux permettent à l'apprenant de simuler, par exemple, la conduite d'un entretien d'évaluation ou une séance de négociation avec un client. Et Cegos sortira en octobre un serious game commercial utilisable par toutes les entreprises, quel que soit leur secteur. 

   La conception d'un jeu sur mesure prend de trois à six mois. « Nous travaillons main dans la main avec nos clients, qui décident du contenu pédagogique du jeu. A nous, ensuite, de l'habiller, grâce à un traitement graphique utilisant tous les canaux du multimédia », explique Leheurteux. Une fois chez le client, le serious game peut être utilisé à la guise du salarié. « Le jeu durant de 45 minutes à trois heures, il est possible de le faire en plusieurs fois », indique le responsable. Ainsi, le serious game réalisé par Demos pour Total est composé de plusieurs séquences. Dans l'une d'elles, l'apprenant doit personnaliser la station essence dans laquelle il travaille en cliquant sur différents éléments à faire apparaître. A la fin de l'exercice, une voix off lui explique là où il a pêché. Plus loin, on lui propose une vidéo catastrophe présentant une station sale. A lui de mettre en place un plan d'action pour rectifier le tir, avant de visionner la vidéo d'une station modèle. Autre exercice proposé : un jeu que les salariés de Total peuvent faire à plusieurs afin de tester leurs réflexes professionnels. « Cette diversité d'approche maintient l'intérêt de l'apprenant tout le long du jeu », commente le responsable. 

   Autre univers pour le serious game réalisé par Demos pour Generali. Celui-ci vise à faire réviser des règles basiques de l'assurance à 4 000 agents. Le salarié se retrouve cette fois devant une ville virtuelle. Il est invité, par exemple, à photographier les parties du bâtiment qui doivent être observées par un agent d'assurances lors de sa visite chez un client. Une voix indique ensuite les bonnes réponses, et félicite même les bons élèves : « Bravo, vous avez bien observé la gouttière, la toiture et l'aspect général du bâtiment. » Et s'il a besoin de se perfectionner, rien ne l'empêche de recommencer le jeu, ce qui serait plus difficile dans une formation classique. Une flexibilité qu'apprécient les entreprises. 

   Autre avantage des serious games : « En mêlant l'utile à l'agréable, les apprenants ont davantage tendance à retenir le contenu de la formation », constate Yves Leheurteux. Une bonne raison pour parier sur leur développement futur. D'autant qu'en se démocratisant, ils deviendront moins chers. W