La photo iranienne placée au premier plan

Benjamin Chapon

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Représenté par trois photographes, sujet d'une rétrospective dans la mezzanine du musée, l'Iran est au coeur de cette deuxième édition de Photoquai. La personnalité de la directrice artistique de l'événement, Anahita Ghabaian Etehadieh, y est certainement pour beaucoup. Déjà commissaire pour le Proche et Moyen-Orient en 2007, cette femme d'une quarantaine d'années a fondé la Silk Road Gallery, seul lieu d'exposition dédié à la photographie en Iran.

A Téhéran, elle persiste à vouloir faire accepter la photographie comme art à part entière dans un pays où les autorités n'en ont cure. Et elle veut croire que la jeune génération de photographes constitue un âge d'or de la photo iranienne. « Ils ont accès aux travaux les plus récents grâce à Internet. Ils peuvent progresser techniquement en voulant se hisser au niveau de grands noms étrangers. » Pour Photoquai, elle a sélectionné trois photographes (Katayoun Karami, Abbas Kowsari et Gohar Dashti) aux travaux très différents. Témoins d'une « école iranienne » sans véritable style propre. « A une époque où les problèmes politiques se sont apaisés en Iran, les photographes ont retourné leurs appareils sur eux-mêmes et on a assisté à la naissance d'une photographie intimiste plasticienne. Aujourd'hui, c'est un peu différent. Comme les journalistes se voient refuser leur carte de presse, les citoyens ont pris le relais et ont diffusé des images des manifestations... Ils ont ressenti la force de la photographie. Ça peut être le début d'une nouvelle étape. » S'il existe plusieurs grands noms de la photo iranienne, Anahita constate que dans leur travail, le poids du patrimoine est infime et que, par conséquent, « les jeunes générations sont plus libres de créer leur style ».

Pourtant, ce patrimoine existe. Pendant Photoquai, le musée du quai Branly consacre une exposition à « 165 ans de photographie iranienne ». « L'histoire de la photo en Iran est un concours de circonstances. Au XIXe siècle, un shah s'est passionné pour la photographie et en a encouragé la pratique autour de lui. » Pourtant, aucune des oeuvres présentées dans l'exposition ne vient d'Iran, faute d'autorisation. Voilà pourquoi les jeunes photographes iraniens sont en partie coupés de l'histoire de la discipline dans leur pays. « Je redoute notre retour en Iran. Vous savez, pour les photographes, tout ça, ce n'est pas un jeu. » W