Stéphane Grégoire: «On est dans une web-présidentielle»

Propos recueillis par Anne Kerloc’h

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Interview intégrale de Stéphane Grégoire, chargé de mission au Forum des droits sur l’Internet (FDI)
 
D’après vous, on assiste à la première web-campagne ?
Clairement. C’est la première fois que des candidats et partis investissent autant - y compris financièrement- dans les sites et les blogs. En 2005, pour le référendum sur la constitution européenne, le camp du « Non » était très présent sur la toile, mais cette fois-ci, on est vraiment dans une web-présidentielle.
 
Le Net aura-t-il un effet marginal ou puissant ? Dans tous les cas, ce fourmillement est unique.
Les partis s’investissent mais les faits les plus marquants ont lieu sur des blogs personnels, ou des sites de vidéos… Il serait paradoxal d’inciter les citoyens à prendre la parole sur le Net et de vouloir que tout passe par les sites officiels. Le fait que cela bouge ailleurs est naturel et sain. C’est au contraire le centralisme qui serait inquiétant.
 
Suite à l’affaire de la vidéo de Ségolène Royal, un blogueur a prédit la fin du « off » en politique. Votre avis ?
Les hommes politiques devront surtout comprendre qu’au-delà d’un instant filmé, il y a un archivage. On dit que le web est éphémère. Pas du tout. C’est un support durable, une vraie mémoire. Des déclarations peuvent revenir comme un boomerang. Ainsi Nicolas Sarkozy déclarant que GDF ne serait jamais privatisé.
 
Vous allez lancer un observatoire de la web-campagne…
Il sera composé d’une dizaine de personnes, d’horizons et de formations très variés. C’est la technique naturelle du forum : rassembler des compétences et des vécus différents pour une observation élargie. Nous tenons à ce que des blogueurs y soient représentés. L’idée, c’est d’évaluer ce phénomène nouveau, mais aussi de diffuser de l’information vers le grand public. Nous serons très attentifs aux Hoax, aux rumeurs.
 
L’affaire de la vidéo de Ségolène Royal laisse entrevoir que la web-campagne risque d’être riche en coups bas non ?
Mais des coups bas et des manœuvres souterraines, c’est le propre d’une campagne politique ! Avec ou sans Internet. Avant c’était les tracts anonymes, les rumeurs, des affaires qui sortent opportunément. Je ne suis vraiment pas convaincu qu’il y aura une sale web-campagne.
 
Certes, mais Internet donne des moyens de propagation inédits…
C’est vrai, mais croire que c’est incontrôlable serait une erreur. D’abord, il y a une certaine auto-régulation. Ensuite, si certains actes sont répréhensibles au regard de la loi, leurs auteurs devront en répondre. L’anonymat sur Internet est tout relatif. On a les moyens d’identifier la personne. DailyMotion peut savoir qui est le « Jules Ferry » à l’origine de la vidéo de Ségolène, même si, en l’espèce, il n’y a a priori pas délit. Après, et là, c’est le juriste qui parle, il faut mesurer la balance coût/bénéfices d’une plainte. Souvent, cela n’en vaut pas la peine.
 
Parmi les recommandations que vous avez faites pour la présidentielle, quelle est celle qui vous paraît essentielle ?
Il y a en a plusieurs, mais le forum des droits sur l’Internet est très attaché au principe du bénévolat, même s’il est exercé par du personnel nombreux et qualifié. On a l’image d’Epinal du colleur d’affiches, mais aujourd’hui, ce qui est crucial, c’est le bénévolat pour maintenir et animer les sites et blogs de campagne. Bénévolat exercé par une équipe conséquente de Bac+4…. Cela nous paraît important de maintenir ce principe car éviter les dérapages, animer et contrôler un site demande un travail considérable que les partis ne peuvent véritablement mener sans le concours des bénévoles.