«Il faut repartir à l’attaque pour les nouveaux médicaments»

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Trois questions à Guillermo Bertoletti, directeur des opérations à Médecins sans frontières
 
Dans les pays pauvres, 1,6 million de malades du sida étaient sous trithérapie en juin dernier, « soit dix fois plus qu'en décembre 2003 », selon l'Onusida. Est-on sur la bonne voie ?
 
Il ne faut pas crier victoire. On est bien loin de l’objectif fixé par l’OMS en 2003 : 3 millions de malades traités d’ici à la fin 2005 dans les pays en développement. Aujourd’hui, sur les 40 millions de malades du sida dans le monde, seuls 20 à 30% ont accès aux traitements. C’est loin d’être satisfaisant.
 
Médecins sans frontières soulève notamment le problème de l’accès aux nouveaux médicaments dans les pays pauvres…
 
Il faudrait déjà qu’ils aient accès aux premiers traitements antirétroviraux (ARV). Mais c’est vrai qu’une résistance apparaît chez certains malades. Or, les nouveaux médicaments, absolument nécessaires dans ces cas de figure, coûtent jusqu’à 50 fois plus cher. La concurrence introduite par les génériques en 2000 avait permis de faire baisser les prix de 99% : de 10.000 euros par an et par patient, on était passé à 130 euros. Il faut repartir à l’attaque pour les nouveaux traitements.
 
Qu’est-ce qui bloque ?
 
La volonté politique. Des engagements forts de la part des Etats sont nécessaires pour faire pression sur les laboratoires privés et s’attaquer au problème des brevets pharmaceutiques, qui ne cessent de faire augmenter les prix. La privatisation de la recherche sur les molécules est un vrai souci. Non seulement, on se heurte la question de la propriété intellectuelle mais les investissements varient en fonction des priorités des pays riches. En ce moment, les labos investissent plus sur la calvitie ou les maladies des chiens que sur le vaccin du sida…
 
Propos recueillis par Catherine Fournier