Ils attendent le dernier jour

Vincent Vantighem

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Il y a trois ans, Pascal a tout plaqué et vendu sa maison pour s'installer dans les montagnes de Bugarach.
Il y a trois ans, Pascal a tout plaqué et vendu sa maison pour s'installer dans les montagnes de Bugarach. —

Cela lui a pris il y a trois ans environ. Comme un « flash ». Pascal a tout plaqué. Vendu sa maison. Et il est parti s'installer dans les montagnes de Bugarach. D'après plusieurs prophéties, seul ce petit village de l'Aude survivra à la fin du monde, prévue le 21 décembre. « Je ne pense pas que cela interviendra à cette date, lâche ce trentenaire. Mais cela finira bien par arriver. Et les extraterrestres viendront me chercher… » Pascal fait figure d'exception chez les survivalistes français. Réticents à parler aux journalistes, ceux qui vivent le meilleur en se préparant au pire en ont assez d'être pris pour des « illuminés ».
Inversion des pôles, crise pétrolière ou climatique : tous ont pourtant leur idée sur la question. « Quand on voit la Syrie, l'Iran et Israël… Je pense que nos enfants vivront une crise sans précédent », assure ainsi Vincent. Résidant dans le Lot, il a pris des mesures depuis deux ans. « Je retape la maison pour qu'elle soit autonome en énergie. Nous avons un potager en permaculture pour subvenir à nos besoins. Et j'ai toujours une machette dans la voiture… »
Comment chasser et vider un canard sauvage ? Allumer du feu sans allumettes ? Faire un pansement avec des feuilles de saule ? Vincent poursuit son apprentissage en surfant sur les forums Internet consacrés à la survie. Présent dans 75 départements, le Réseau survivaliste français (RSF) compte ainsi plus de 1 400 « like » sur Facebook.

Le présage des fictions TV
Cela va de ceux qui publient des recettes pour stériliser les conserves de ratatouille à ceux qui échangent des conseils sur le maniement des armes pour faire face aux pillards éventuels. Et puis, il y a les « purs » qui ne se contentent pas des grands discours et peaufinent la préparation lors de stages. « Nous accueillons surtout des amoureux de la nature. Mais c'est vrai qu'il y a aussi quelques anxieux de la vie », lâche Erwann, fondateur de l'Ecole de vie dans la nature qui enseigne comment se débrouiller avec rien. Louis* envisage d'ailleurs de faire appel à lui. Depuis une agression qui l'a laissé sur la paille, il assure être devenu un survivant. « J'achète des stocks. Je fais attention à tout désormais. Pour autant, je ne sais pas vraiment ce qui peut se passer. » Seuls Paco Rabanne, Nostradamus et Jenny savent. Installée, elle aussi, à Bugarach, cette dernière pense que les « portes du vortex » vont s'ouvrir prochainement et organise des stages pour y préparer les gens. « Vous avez vu le nombre de films sur la fin du monde ? Il ne s'agit pas que de fictions. Des gens sont forcément au courant… » Vincent rigole à cette évocation. « Des tarés, il y en a toujours eu… Cela étant dit, les gens ne sont pas prêts. Pour l'instant, on est bien vivants. Mais si un pépin arrive, on va commencer à pouvoir se marrer ! »