Facebook sur smartphone. 
Facebook sur smartphone.  - Valentin Flauraud / Reuters

Anaëlle Grondin

«Au fait, tu as un compte Facebook?». 20 Minutes prend le pari: quelqu’un vous a déjà posé cette question au moins une fois ces trois dernières années. A l’heure où le réseau social revendique plus de 900 millions de comptes dans le monde, il paraît «normal» aujourd’hui d’être inscrit sur Facebook. Faites le test autour de vous. Parmi vos connaissances, combien n’ont jamais créé de profil sur le site américain?  Très certainement une minorité.

C’est le cas d’Antoine, qui nous explique les raisons de son absence du site: «Je n’ai pas envie de m’exposer, que tout le monde voit tout ce que je fais, qu’on puisse publier des choses sur moi et que ce ne soit jamais totalement oublié car nos données peuvent être utilisées par Facebook et qu’il n’y a pas le droit à l’oubli.» Le jeune homme de 25 ans poursuit: «J’aime que les gens me racontent leurs histoires, et pas avoir l’impression de les épier. Je trouve Facebook superficiel.» Aujourd’hui, certains de ses amis sont mêmes admiratifs: «Il y a pas mal de gens qui me disent aujourd’hui ‘c’est bien, tu n’es pas sur Facebook, moi c’est comme la clope, je n’arrive pas à me désinscrire’.» Jeanne, 29 ans, n’a pas non plus souhaité «s’exposer» sur la Toile: «Si j ai des infos à partager avec mes amis, je les envoie par mail. Sur Facebook, je n’ai pas vraiment confiance dans les paramétrages de confidentialité et puis ça ne m’intéresse pas du tout. Quand j’entends que la plupart des gens mettent des messages bidons, je n‘ai pas l’impression que le niveau soit élevé sur Facebook.»

«Je ne vois pas à quoi ça sert» 

A 31 ans, Emmanuel non plus n’a jamais eu de profil sur le réseau social. Il explique qu’il ne «voit pas à quoi ça sert»:  «Je ne vois pas ce que ça apporte de plus que d’appeler quelqu’un ou envoyer un email. Au départ, j’ai constaté que mes amis passaient énormément de temps sur Facebook. Je préfère jouer aux jeux vidéo pendant trois heures, personnellement.» Des arguments compréhensibles. Effectivement, la question de la vie privée sur Facebook peut effrayer et l’utilité du réseau social peut longuement être débattue.

Pourtant, une journaliste de Forbes raconte cette semaine qu’elle a rencontré des recruteurs aux Etats-Unis qui se demandaient ce que cela veut dire lorsque quelqu’un n’est pas sur Facebook en 2012: est-ce qu’il a des choses à cacher? Est-ce qu’il s’agit de quelqu’un d’isolé? Des questions que certains psychologues commenceraient également à se poser, à en croire le DailyMail. Le magazine allemand Der Taggspiegel, qui cite plusieurs spécialistes, est allé très loin dans un article paru le 24 juillet, en faisant un parallèle extrême avec Anders Breivik, auteur de la tuerie en Norvège l’été dernier, et James Holmes, auteur de la fusillade d’Aurora lors de l’avant-première de Batman en juillet. Ces deux meurtriers ont un point commun, souligne le média allemand: ils n’avaient pas de compte sur le réseau social. Ils n’avaient pas d’amis dans la vie et encore moins sur Internet alors que les jeunes gens de leur âge si, argumente Der Taggspiegel. Leur isolement est mis en avant.

«Ne pas prendre Facebook comme un indicateur de santé mentale»

Pour le psychiatre Laurent Karila, qui mène actuellement une étude sur l’addiction à Facebook, «c’est quelque chose de normal d’être sur un réseau social aujourd’hui mais ce n’est pas anormal de ne pas y être non plus». Contacté par 20 Minutes, il explique: «Il ne faut pas prendre Facebook comme un indicateur de santé mentale. Ce n’est pas louche. Il y a des gens qui ne vont pas sur Facebook car ils ont peur de se retrouver sur une photo à moitié ivre ou en maillot de bain.» Pourquoi chercher midi à quatorze heures? Laurent Karila insiste sur un point: «Il faut être extrêmement prudent avec ce que l’on dit.  Il y a des gens fragiles qui vont chercher à se connecter parce que tout le monde y est.» C’est exactement l’un des arguments brandis par Emmanuel, qui refuse d’être sur Facebook: «Je n’aime pas faire les trucs par pur conformisme. ‘Tout le monde y est’, ce n’est pas un argument suffisant pour moi.»

20 Minutes a interrogé Nicolas Teulade, assistant ressources humaines en charge du recrutement dans un groupe immobilier, pour savoir si l’absence de profil Facebook d’un candidat le poussait à se poser des questions. «Le fait que quelqu’un ne soit pas sur Facebook, ça ne me choque pas. Ce sont parfois ceux qui sont le plus sur les réseaux qui sont le plus isolés», répond-il. Il reconnaît toutefois que pour certains métiers, il est plus cohérent d’être sur Facebook pour défendre son CV: «Un chef de produit marketing viral qui n’y est pas, effectivement, on peut se poser des questions.  Comme pour quelqu’un qui postule en communication ou gestion de réseaux.»  Il fait par ailleurs remarquer qu’«il y a plein de gens qui choisissent des pseudos sur Facebook», et qu’il est ainsi impossible de les retrouver sous leur vrai nom. «Ca ne veut pas dire qu’ils n’y sont pas», insiste-t-il.  Nicolas Teulade finit par faire remarquer: «Sincèrement, quelqu’un qui passe des heures et des heures sur le réseau social serait plus problématique. On peut se demander ce que ça lui apporte. Si c’est pour faire de la veille, d’accord, mais si c’est pour jouer à des petits jeux et geeker toute la journée, ce n’est pas intéressant pour nous.»